LASNAMIA

Prendre le taureau par les cornes ( Le Quotidien d'Oran du 11/12/2016)

 
 

par Hamid Dahmani

 

L'autre jour, sur une chaîne privée, un «mes'oûl k'bir» (haut responsable), mal nippé, est passé à la télé pour nous éclairer sur les conséquences de la crise économique qui fauche le pays. Le type jouait le rôle d'un représentant commercial qui faisait du marketing pour l'entreprise qui l'employait. Selon cet «expert», la situation économique de la boîte n'est pas très alarmante pour notre «iktissad» (économie). Ce courtier en assurance faisait du blabla et répétait à qui voulait l'entendre des mots rassurants, pour affirmer qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter de cette situation passagère. «Tout va rentrer dans l'ordre, c'est moi qui vous le dis !», rabâchait le sournois dans un entretien avec le tube cathodique, affichant un faux sourire du coin de la bouche. Tu parles ! Et pour nous mettre à l'aise et nous convaincre, il nous a raconté des histoires politico-économiques débiles qui ne font pas peur mais au contraire rire. Cette crise ne nous fait pas peur, parce qu'elle n'influe pas sur la routine économique et sur le budget de fonctionnement de la boîte mal assuré. Et d'ailleurs pour vous le prouver, tous les grands projets programmés et engagés par le système iront à terme. Il n'arrêtait pas de vendre sa marchandise, comme une usine de raffinage de pétrole algérienne fatiguée. Le mec est un homme aguerri en politique et un adepte de la langue de bois affilié au parti exerçant la «siyassa rachida» (bonne gouvernance). Tiens, il nous manquait celui-là, je me suis dit dès que j'ai vu la bobine de l'individu avec la banane jaune sur la tronche. Dans sa causerie, il a communiqué quelques chiffres pour chasser les mauvais esprits et les inquiétudes sur la crise financière et nous a affirmé que le mal n'était que passager et qu'il n'y avait pas lieu de paniquer. Poursuivant son numéro, il a raconté que le cours du «bermil» (baril) allait se stabiliser dans les prochains jours. «Rassurez-vous, nous maîtrisons la chose !» disait- il fermement. «Tekhdhet ! » (c'est foutu), je me suis dit dans la tête. «El galb rah m'doued» (le cœur est altéré) et le zigoto est en train de dire tout le contraire des experts économiques. Au lieu de prendre le taureau par les cornes, ce coco est en train de tenir la vache pour le taureau. Comment peut-on donner de l'assurance quand on n'est pas assuré du tout contre les risques économiques ? C'est un sacré menteur pour affirmer l'opposé des analystes et des prévisionnistes qui sont unanimes et présagent des jours sombres pour notre économie. Déjà, les citoyens commencent à ressentir les effets de la crise sur le terrain, le premier pas est engagé dans le précipice et les prochains jours seront très durs pour la populace qui va le payer chèrement dans ses dépenses domestiques. «El-bled rahi b'kheir» (le pays va bien), claironnait «el berrah» (crieur) dans son entretien de réconfort. Généralement, un «berrah» est annonciateur de mort. Nous allons dans les prochains jours prendre des mesures contre ce «khalel tafif» (petit incident), nous disait notre interlocuteur. J'ai marmonné quelques mots entre les dents, un peu chouia outrageants à l'attention de ce phraseur, et je lui ai dit dans ma tête «tab-tab», le rafiot sur lequel vous nous avez embarqués «dakhlou el'ma» (il coule). Il y a une citation qui dit que «l'assurance ne paraît chère qu'avant l'accident». La plaisanterie a assez duré, il est temps de se décider à prendre le chemin de la raison. L'heure a sonné et il est temps de se réveiller et de se barbouiller le visage. Serrons la ceinture et comptons sur nos bras et notre sueur pour gagner avec dignité notre pain. Le monde galope vers des horizons prospères et modernes. Et les traînards continuent à se prélasser, alors que le malheur les guette. Les ignorants et les fainéants s'en fichent éperdument. Ils ne communiquent même pas. Ils font la sourde oreille. Le message est décodé, après nous, c'est le déluge, semblent nous signifier les patrons de ce territoire. On poursuit la politique de l'autruche et on fait fi des attentes populaires. Respectons la patrie et les braves qui ont donné leur sang pour arracher l'indépendance de ce pays. Alors, allez-vous-en ! et laisser ce malheureux pays tranquille… 


11/12/2016
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