LASNAMIA

Sentence et youyous-(Le Quotidien d'Oran du 06/02/2017)

 
Sentence et youyous
 
 
par Hamid Dahmani
 
On raconte qu'il était une fois dans un petit village du pays, deux voisins insupportables qui ne pouvaient se blairer. Deux familles qui se détestaient comme deux ennemis jurés. Deux chefs de familles qui ne se portaient pas dans le cœur. Une haine grandissante alimentait leur quotidien par de petits différends qui empoisonnaient la vie des deux riverains. Les deux voisins étaient tenaces et trop fiers et ne voulaient pas faire le premier pas pour accepter l'arrangement et dissiper leur malentendu. Au contraire, leur antipathie redoublait d'intensité chaque jour qui passe dans l'insupportable. Les disputes nourrissaient le quotidien de ces deux foyers qui ne voulaient pas s'entendre, malgré le «djeh» envoyé par les sages du village pour proposer une conciliation. Un jour c'étaient les enfants qui se battaient, un autre jour ce sont les femmes qui s'insultaient, et ainsi allait la vie dans le petit village entre voisinage. Je ne t'aime pas, moi non plus, était la devise de ces têtus rivaux. 

Un jour, les deux chefs de familles se sont croisés sur un chemin et la discussion est montée d'un cran entre eux et cela s'est terminé avec des coups de poings et des coups de pieds. Il a fallu l'intervention des passants pour les séparer. Le lendemain ils étaient convoqués à la gendarmerie qui a eu écho de cette dispute. Quelques jours plus tard ils étaient cités à comparaître devant le cadi pour s'expliquer de cette animosité qui nuisait à l'harmonie du village. 

Après avoir été tous entendus, le cadi a prononcé son jugement en condamnant le plus agressif des antagonistes à une sanction pénale pour violence. En rentrant chez lui le soir, le condamné a trouvé sa mère inquiète dans la cour, en train de l'attendre pour connaître l'issue de l'affaire qui s'est terminée devant le tribunal. Son fils lui dit avec un petit sourire du coin de la bouche. «Zegherti amma, echrâ ghlebni, mechi el jar tâ el blâ !» (lance des youyous mère, c'est la justice qui m'a vaincu, ce n'est pas ce voisin de malheur). Une fine expression sortie du terroir pour affirmer que je ne suis pas un lâche et que je n'ai pas courbé l'échine devant mon adversaire. Les gens sont ainsi faits. Ils sont trop orgueilleux et n'aiment pas la défaite et refusent de se plier au joug de leur prochain. L'homme brave n'abdique jamais devant l'injustice, affirment les obstinés. Les youyous ont toujours accompagné les actions vaillantes et les événements de joies populaires pour signifier leur dignité…. 


06/02/2017
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