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CONTES DU TERROIR Devons-nous aussi boire l’eau de «notre» puits ? Le Soir d'Algérie

 



Voxpopuli : CONTES DU TERROIR
Devons-nous aussi boire l’eau de «notre» puits ?


On raconte qu'il était une fois un petit village juché sur le flanc d'une petite colline en plein milieu d'un grand espace dénudé de toute végétation, loin des tumultes de la vie bruyante urbaine et qui vivait paisiblement sa vie quotidienne de tous les jours.
Un petit village loin des routes et des chemins de fer et des tracasseries ordinaires de la vie moderne. Un petit village enclavé et isolé au milieu de nulle part qui regroupait en son sein une petite population composée de paysans, d'artisans et de journaliers qui vivaient misérablement et qui vaguaient tranquillement au fil du temps depuis que le village existe. Au milieu du village, il y avait un puits creusé par les villageois pour le besoin et la consommation en eau potable où tout le monde se servait quotidiennement pour faire sa provision d'eau. Mais un jour, une terrible fatalité tomba sur le village. Une partie des habitants du village adultes et enfants furent frappés de folie soudaine du jour au lendemain, sans qu'on sache les raisons de cette démence. Les hommes, les femmes ainsi que les enfants erraient, gesticulaient et divaguaient bêtement au milieu du centre du village sans esprit. Alors, le chef du village et quelques sages qui étaient lucides et qui possédaient leurs facultés mentales intactes se rendirent au village voisin et ramenèrent avec eux le médecin pour combattre l'épidémie et connaître son origine et soigner également les malades atteints de cette maladie mystérieuse. Après la visite des lieux et des malades, le diagnostic du toubib est sans appel. Il ne faut plus boire l'eau du puits. Son eau n'est pas pure. Elle est viciée et polluée et souillée par un microbe qui sème la folie chez celui qui la boit. Aussitôt, le message est donné par un crieur pour alerter tous les habitants du village pour préserver la santé de ceux qui ne sont pas touchés par la folie. L'information étant diffusée, tout le monde devait se tenir de se rapprocher du puits. Il fallait se débrouiller pour trouver de l'eau ailleurs pour boire, même s'il fallait faire des kilomètres tous les jours. Mais avec le temps, la corvée de l'eau était devenue très pénible et fatigante chaque jour pour les habitants, et des incrédules décidèrent de violer l'interdiction et de boire l'eau du puits qui était sur place, au lieu de se fatiguer à aller la chercher dans les autres points d'eau, même au risque de tomber malade. Aussi malgré les avertissements des sages, certains inconscients n'ont pas cru devoir écouter la voix de la raison et prendre au sérieux l'interdiction de boire l'eau du puits et continuèrent à se ravitailler comme à l'ordinaire de l'eau du puits. Et le cercle de la folie commença à s'agrandir de jour en jour et les tarés se multiplièrent chaque jour qui se leva jusqu'à toucher l'ensemble de la population, à l'exception des sages qui avaient gardé toute leur raison en se gardant de boire l'eau du puits. Malgré les avertissements répétés, les villageois continuèrent à boire l'eau du puits et les sages ne cessaient de sensibiliser les autres individus qui n'étaient pas contaminés. «Faites attention, leur disaient-ils, ne buvez pas de cette eau ! Autrement vous allez tous disjoncter et perdre la tête». Mais rien n'y fit, chaque jour avait son lot de fous. Tout le monde étanchait sa soif au puits. Tout le village était sous l'emprise de la folie. Les gens avaient perdu la raison et agissaient comme des débiles. Les esprits étaient ailleurs et les gens criaient, riaient, se bousculaient, se battaient comme des fous et faisaient tout le contraire de la raison partout dans le village. Alors, les sages se trouvèrent pris au piège et isolés des villageois qui ne les reconnaissaient plus. La population était folle à lier. Et les fous évitaient de parler aux sages devenus indésirables. Alors, poussés par la solitude et les aléas du temps, ils décidèrent en un commun accord de suivre le chemin de la folie et le lendemain, chacun de son côté se dirigea vers le puits pour boire et étancher sa soif pour devenir fou à son tour comme leurs semblables. Et à partir de ce jour, tout changea pour eux, ils s'intégrèrent au reste de la population devenue folle pour ne pas avoir écouté la voix de la sagesse. La leçon à tirer de cette histoire : est-ce que nous sommes aussi tenus de suivre la file de l'inconscience ? Devons-nous aussi boire l'eau de «notre puits» ? Faut-il aussi qu'on boive l'eau de notre puits pollué par la corruption, l’injustice, le mépris, la hogra…
Hamid Dahmani



Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/10/08/article.php?sid=140023&


08/10/2012
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