LASNAMIA

«El-ghaïta ya Khelifa, el-ghaïta !»Le Chelif du 28 juillet 2015

Numéro 85 du 22 au 28 juillet 2015

 

 Coutumes et traditions du temps passé

 

 

«El-ghaïta ya Khelifa, el-ghaïta !»

 

Quel beau souvenir que de replonger dans cette époque joyeuse et cette ambiance si particulière aux souks arabes du pays où l’assistance est bercée par le son des instruments musicaux traditionnels comme le guellal, la guesba et la ghaïta» (tambourin, flûte et clarinette). Je me rappellerai toujours de ce trio folklorique de «guessasbia» (flûtistes) de notre ville. Originaires de la plaine du Chélif, ils étaient réputés pour leur savoirfaire et leur façon unique d’animer les fêtes. C’était un groupe composé de musiciens sympathiques, qui n’avaient pas leur pareil pour animer et fêter nos joies, chaque fois qu’un événement national ou religieux était célébré. Le trio jouait des airs puisés dans le folklore typiquement régional, les textes s’inspirent de nos rites et traditions. Ce trio folklorique était omniprésent dans toute la ville et ses alentours, il apportait la joie dans ces moments de grand rendez-vous commémoratifs de la ville. Pour ceux qui s’en rappellent, ces musiciens étaient très actifs durant les journées de fête. Ils égayaient les événements nationaux ou religieux dans une ambiance bon enfant, leur passage à travers les rues de la ville était acclamé chaleureusement par les badauds, les clients des cafés et les passants. Parmi ces musiciens, il y avait le célèbre duo Khelifa et Bendoukha, tous deux décédés aujourd'hui. Paix à leurs âmes. Je me rappelle encore de ce duo devenu très populaire. Les deux musiciens étaient de tout temps vêtus du costume traditionnel «abaya, chemla, soubat aareb» (tunique, chèche et souliers arabes). Ils sillonnaient les rues de la ville dans ces circonstances de ré- jouissances populaires au son rustique de la guesba et de la ghaita, pour nous divertir avec un style enjoués et très appréciées par toute la population Asnami. On raconte qu'un jour, alors que le duo se trouvait, comme à l'accoutumé pour une séance de poésie populaire au milieu d'un public nombreux, au souk du vendredi, à l’époque de l’ancienne ville d’El Asnam, notre cher Bendoukha s’était mis debout au milieu du cercle improvisé en scène avec son guellal pour réciter un «med'h» (louanges au seigneur et au Prophète). Il était accompagné de son inséparable ami Khelifa qui jouait de la ghaïta, assis sur une natte au milieu du cercle formé par l'assistance. Et ce jour-là, notre ami le medah se sentait quelque peu ballonné et souffrait de maux au ventre dus aux gaz. Alors, dans ces moments pénibles et intenables dus à l'accumulation de ces gaz insupportable dans les boyaux du malade, une forte envie de péter, le poussa à entrecouper volontairement son «med'h» pour crier à son ami «El ghaita ! A khelifa, ana tkhedhte !» (Façon de dire à son ami : couvre-moi, je vais faire un lâcher de pet). Le souffle dégagé par la bouche de Khelifa était tellement puissant que ses joues semblaient vouloir éclater au son de la ghaïta qui s’entendait aux quatre coins du souk. Cette diversion a permis à notre ami de détourner l'attention des présents et de pouvoir dégager librement les gaz et camoufler ainsi le bruit du pet dé- gagé au milieu de la foule. Tout cela sous le sourire moqueur de Khelifa. Le cachotier dut intervenir de la même manière plaisante plusieurs fois durant cette matinée pour interrompre le «med'h» et couvrir le «h’zag» de son compagnon d’infortune. Cette histoire me rappelle le film «La soupe au choux» ou Louis de Funes trouvait un malin plaisir de pété au clair de lune avec son compagnon librement et joyeusement pour égayer leur soirée nocturne, un vrai bombardement de pet rigolo et très amusant à suivre. «Ah quelle belle époque !». Mais aujourd’hui trois fois hélas, il ni y a plus de souk dans la ville comme autrefois pour flâner. Ils ni y a plus de «glaglia» ni de «medaha» pour nous divertir et nous apporter quelques moments de plaisir et de joie. Les temps ont changés et les valeurs se sont envolées. Une nouvelle race de «medaha» ambitieux et modernes est apparue ; opportunistes, ils glorifient la médiocrité et tendent d’amadouer les gens en vantant des mérites que ces derniers n’ont pas. Pour quelques dinars, ils vous noient de louanges et de quelques extraits musicaux et au suivant ! Tout est perdu avec les nouvelles mœurs qui ont bouleversé nos vieilles coutumes et les traditions ancestrales jusqu’à les effacer complètement. Les souks, ces lieux de rendezvous séculaires ont tendance à disparaître du décor. Le souk hebdomadaire de Chlef a été délocalisé maintes fois et éloigné vers des banlieues où il se tient dans endroits incongrus. Le souk ne semble pas avoir les grâces de nos décideurs qui boudent ce genre de rassemblement populaire et restent indifférents aux dangers qui menacent notre culture populaire. Ils ne font aucun cas de la perte de ce patrimoine identitaire qui s’est constitué au fil des temps et qui, aujourd’hui, disparait faute d’être entretenu. Il faut nécessairement réhabiliter le souk pour la pérennité de notre patrimoine immatériel car c’est dans ces lieux que se perpétuent des traditions aussi anciennes que l’Algé- rie. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe chez nos voisins marocains pour comprendre la nécessité d’œuvrer à préserver les souks hebdomadaires, à mieux les organiser et à les perpétuer dans toutes nos cités. Le souk, à vrai dire, est indissociable de la vie du citoyen, qu’il habite en milieu rural ou dans un centre urbain. Le souk est la dynamique même de la ville. Il y a des citations populaires propre au souk qui disent : «gouli cha djeb Kada me soug ? Soug yeglaa el-harga…». Traduction : « Ditesmoi ce qu’a ramené Kada du souk ? Le souk enlève l’envie…» Une ville son souk hebdomadaire est une ville morte et sans âme. Le souk est le premier repère de la ville. Le souk est le rendez-vous hebdomadaire, c’est un marché à ciel ouvert où le citoyen peut s’approvisionner en produits agricoles tels que les produits maraichers, l’endroit où bouchers et chevillards négocient le bétail, le lieu où les marchands de quincaillerie, d’habillement, d’herbes médicinales et de toute sorte d’objet d’occasions. Le grand marché hebdomadaire était une bénédiction pour les petites bourses qui trouvaient leur bonheur en raison des prix pratiqués et de l’opportunité de s’approvisionner en denrées à moindre coût. De nos jours, les vieux souks traditionnels ont cédé le pas aux souks de voitures d’occasion et de produits fabriqués ailleurs qu’en Algérie. L’endroit n’est plus adé- quat aux cultivateurs et autres petits paysans qui, habituellement, viennent dans ces lieux pour s’approvisionner en plants maraichers, engrais et autres produits phytosanitaire ou pour acquérir des petits matériels. Les souks ont cédé la place aux petites surfaces spécialisées dans la vente de produits manufacturés. Avec le laxisme affiché ouvertement par les responsables, des petits souks informels sont apparus un peu partout ces dernières décennies en plein centre urbain. Régulièrement pour ne pas dire en permanence, les habitants des villes sont confrontés à des situations inextricables à cause de l’envahissement des trottoirs par les chiffonniers, les vendeurs de jouets, de souliers (neufs et usagés), de matériel de pêche, de montres de contrefaçon, de téléphones portables d’occasions… Tous les espaces de détentes sont confisqués par des marchands qui étalent librement leurs marchandises sur des lits de camps. Les avenues principales du chef-lieu de wilaya ne sont pas épargnées par ce phé- nomène. La ville de Chlef mérite quand même mieux. N’a-t-elle pas droit à une image plus respectable ? Ces lieux qui, autrefois, dégageaient une atmosphère de quiétude, seront-ils un jour restitués au public ? On se rappelle que, par le passé, ces souks étaient réglementés, bien gérés et organisés. Autrefois, chaque vendeur occupant une portion de trottoir –et pas n’importe laquelle- se doit de s’acquitter d’un droit de place au «guemergui» (le percepteur de la commune). À cette époque-là, la commune gérait les espaces commerciaux ou les attribuer aux enchérisseurs. Cette méthode de gestion permettait à la collectivité de réaliser des revenus profitables à la municipalité. Les temps ont changé et les hommes ont perdu la raison. Ils crachent dans la main qui leur donne à manger.  Ah, Quelle belle époque que celle des «Glaglia», ces conteurs de légende



26/07/2015
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