LASNAMIA

Evocations Ramadanesques

                                 Evocations Ramadanesques

 

Remonter à travers le temps les années 50 du passé mémoriel de la ville d'El Asnam et revivre les doux instants du mois du ramadan de cette époque pleine de bons souvenirs vécus au milieu des siens en comparaison des mois du jeun de cette dernière décennie . C'est faire le parallèle entre ces deux époques celle d'hier et celle d'aujourd'hui  qui figurent dans les deux extrêmitées des conditions de subsistances de deux epoques.

Se remémorer cette décennie sous époque coloniale c'est ouvrir le livre des vieux souvenirs et retracer toute une longue vie au milieu de la précarité qui touchait une grande frange de la population qui était composée de classe moyenne vivant dans le dénuement et l'injustice et qui était priver du bien le plus précieux qu'est la liberté .Du haut de mes huit ans je me souviens vaguement des mois de ramadhan qui revenaient chaque année pour remplir notre maison d'un enthousiasme exceptionnel sans précèdent a l'approche du mois sacré du ramadan .

On était gosse et on  aimait faire le careme comme les adultes et on s'affairait aussi aux taches domestiques de la maison comme les plus grands pour aider la famille aux préparatifs  du repas avant la rupture du jeun. Il fallait faire la corvée de l'eau à la fontaine du quartier pour la lessive et toutes les autres taches ménagères. Faire les commissions et se rendre à la boutique de Bouali Bensalem ou Salamitch pour acheter du sucre ou du café. Ramener  aussi de l'eau pour boire de la fontaine fraîche (sebala berda) parce que les gens ne possédaient pas de réfrigérateur. De fois et de temps en temps on acheter deux kilo de glace  pour rafraîchir l'eau .A cette époque il y avait une astuce pour conserver l'eau fraîche il suffisait simplement d'entourer le seau eau d'une serpillière tremper d'eau.

A cette époque il y'avait également une autre astuce  pour ramener de l'eau dans des seaux galvaniser sans la verser au moment de la porter, il suffisait de bien calé et équilibrer les seaux d'eaux aux extrémités d'  une jante de roue de vélo ( tara ) et de se mettre au milieu du cerceau .les bidons étant bien écartés on était a l'aise et on pouvait marcher a grand pas sans perdre notre précieuse eau par terre.

Il fallait aussi porter le pain traditionnel fait maison a la boulangerie de chekey  ou bien el-hadj ahmed pour le faire cuire. A cette époque on ne pouvait pas se permettre d'acheter tous les jours du pain fabriquer par le boulanger. Dans les rares occasions on s'achetait un  pain d'un kilo ou un demi pain (nouss garne)

A partir de 16 heures les senteurs de la chorba pâte de vermicelle  fait maison préparer par les mains de grand mère commençaient  à s'échapper des  marmites et à  inonder l'atmosphère des petits quartiers périphériques de la ville. Boccasahnoun , cité ruiz , cité halla , cité chagnaud ,la ferme le centre ville était sous le charme ensorcelant de ce mois sacré.

L'odeur de la bonne soupe qui mijotait sur le kanoun ou le fourneau à pétrole annonçait déjà le menu de la bonne table du ramadhan. Chorba l'sene tayr (langue d'oiseau) avec poulet de ferme, ragoût de pomme de terre, salade, gazouze et zlabia succulente de chez sadek.

Avant la rupture du jeun tous les enfants du quartier se rassemblaient avec leurs jantes de vélos qu'ils faisaient rouler sur l'asphalte a l'aide d'un guide de fil de fer confectionner pour faire rouler devant eux cette roue bruyante au milieu de la route. Le moment venu c'était le grand départ en groupe de la bocca en direction  de la garnison ( croix rouge )au centre ville dans une descente assourdissante vers le lieu  du tir de canon ( medfaa) qui annonçait la rupture du jeun. On était tous là,  attentifs à guetter la sortie du canon dans la placette de tir qui allait être bourrée par la bouche par les artificiers et puis le moment venu de l'iftar tiré une salve.

Aussitôt c'était la ruée et le retour vers la maison dans une mêlée de joie et de chahuts  de gosses  dans les ruelles de la Bocca  qui s'étaient vidées des gens au coup de canon pour regagner la chaleur du domicile et apaiser la grande faim qui se faisait sentir le moment venu.

Le muezzin de la mosquée Bensaoulel et djamaa Zebadji appelaient aussi les fidèles a la prière du Maghreb et a la rupture du jeun

Les enfants continuer leurs jeux dehors en attendant que les adultes finissent de manger pour enfin regagner le domicile et manger a leur tour.

C'était aussi le mois de piété et de partage avec les pauvres et les mendiants.

Après le f'tour les adultes sortaient et envahissaient les cafés maures (café mabani, mokrane) pour de longues parties de domino et de cartes. Les cinémas faisaient aussi salle pleine.

Vers les coups de minuit les rues commençaient à se vider et les commerces fermés leurs portes. Le couvre feu était appliquer après minuit les gens rentraient bien avant et continuer leurs veillées avec la radio de l'époque en écoutant les boukalates , les riwayates et les sketches diffusaient par la radio.

La veille de l'aid el-fitr c'était au tour de la confection des gâteaux traditionnels, tcherek ,ghribiya , samsa ,makrout etc.

Dans la nuit et dans les ruelles silencieuses des quartiers c'était le berrah ( le crieur ) Betchounia qui annonçait pour le lendemain la fin du ramadan et le jour de l'Aid es-seghir dans la plaine du cheliff.

ADEL



14/08/2010
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