LASNAMIA

Histoire de mon moulin ( Le Chelif du 19/8/2015)

 

 

C’est un lieu mythique de Bocca Sahnoun

 

Histoire de mon moulin

 

Le quartier périphérique de Hay Salem, plus connu sous l’appellation de Bocca Sahnoun, et l'une des plus importantes cités du chef-lieu de la commune de Chlef. Ce secteur urbain est connu pour la densité de sa population et par sa forte fré-quentation en raison de son acti-vité commerciale prospère. Située à l’extrémité du boulevard sud, sur la route de Sendjas, El-Bocca est l’une des composantes essentielles de la ville de Chlef. Le quartier, plutôt une ville dans la ville, s’est créé tout au long de l’édification de la ville d’Orléans-ville, sur les ruines de l’ex-Castel-lum Tingitanum.

La Bocca était et reste toujours un lieu propre où il fait bon vivre. Sa placette et son moulin à grains dit «Er’ha», dont le propriétaire était Hadj Cherif dit Bensoltani, sont des lieux très fréquentés. Le mou-lin de Hadj Chérif a été construit durant l’époque coloniale. Il est installé dans un endroit stratégique qui s’est fait une adresse avec le temps. Avec le temps, il est de-venu un lieu de rendez-vous pour tous les habitants. Le moulin traditionnel de la Bocca est en effet un repère incontournable de cette vieille banlieue et une intersection où tous les habitants ou «boo-kiste» se rencontrent en fin de journée près de la mosquée Benhalima, devant les magasins pour papoter ou s’attabler dans les divers cafés qui longent l'avenue principale. La population de cette grande localité vaque à ses occu-pations à l’ abri des tourmentes des grandes métropoles. Pendant la nuit, c’est l’endroit convivial pour les grandes veillées animées par groupe pour les enfants du coin aux abords de ce croisement réputé pour sa vivacité. «Erha», c’est aussi le fief des sup-porters du club historique le NRBS (Nadi Riadhi Bocca Sah-noun), en particulier, et de l’ASO, l’équipe phare du chef-lieu de commune. Dans le passé, de grandes rencontres sportives met-tant aux prises les équipes de football des quartiers périphériques d’El Asnam ; le club de la Bocca affrontait des équipes endurcies comme celles de la Ferme, la Cité d’urgence, Oum Drou… Les équipes de plusieurs autres villages de la région venaient sou-vent affronter le NRBS au stade de la «Chara», dans «La pépinière». Ces grands derbies étaient très dis-putés et très suivis par les specta-teurs. On supportait les différentes équipes, composées de talentueux joueurs de l'époque, des joueurs adulés tels que les Chabri, Moha-med dit l'Usmo, Tergou, les Djelli, Mekrez et tous les autres qui sont restés malheureusement ano-nymes faute d’écrits sur cette époque palpitante. Mais une chose est sûre : à ce jour, le souvenir de ce vieil édifice qu’est le moulin à grains, «Er’ha» subsiste dans la mémoire de tous ceux qui ont eu le plaisir de le visiter à un moment de leur vie, du temps où le blé et l’orge, ramenés par cargaisons en-tières, étaient broyés, concassés et moulus par cette vieille machine bruyante d’où s’échappait l’odeur de farine et de semoule qui enva-hissait tout le quartier. Qui, parmi les originaires de la Bocca, n'a pas eu à se rendre dans ce moulin mythique, au moins une fois dans sa vie, pour moudre du blé ou de l’orge dans un sac en jute pour la préparation du pain maison ou du couscous pour la subsistance quotidienne de la famille ? Dans son passé lointain, ce lieu mémorable était entouré dans ses environs immédiats par des com-merces tenus par des anciens tels que, Selbou le boucher, El-Hadj Ameur l’épicier, Maamar dit l’es-sence, Benzaitra, le vendeur de matériaux de construction, les boulangeries Benziane et Chekey et le café maure Salhi. Avec le déclenchement de la guerre de libération, une bonne partie de la population de Bocca Sahnoun a pris part l’histoire de la résistance armée. Plusieurs de ses jeunes enfants se sont engagés aux côtés du FLN-ALN ; beaucoup sont tombés au champ d’honneur, d’autres ont été traitreusement as-sassinés par les tortionnaires dans les camps de détention de triste mémoire. Parmi les chouhadas, ci-tons les jeunes Zahloul, Boutaraa et Bouziane, ces dignes fils de la Bocca qui ont inscrit en lettres d’or leurs noms sur la liste de ceux qui se sont sacrifiés pour la patrie. L’histoire retiendra plusieurs événements dont celui qui a marqué la population de la Bocca lorsque les dépouilles mortelles de ces martyrs tombés au champ d’honneur ont été exposées au public avec des écriteaux accrochés au cou : «Je ne jetterai plus de grenades sur les soldats.» La scène macabre a été organisée par les soldats Français qui ont placé les corps déchiquetés des martyrs dans des grands futs métalliques au milieu de la rue et à quelques pas du poste militaire pour terro-riser la population et la dissuader de venir en aide aux combattants de la liberté. Il serait souhaitable, aujourd’hui, que l’endroit où s’est déroulé ce douloureux événement soit baptisé au nom de ces valeureux chouhadas morts pour l’Algérie libre.

Aujourd’hui, le décor n’est plus le même, le vieux moulin a cessé de moudre le grain et les bâtiments abritent d’autres activités. Notre mode de vie s’est transformé et on ne moud plus le blé comme il était une fois à la Bocca. Mais l’endroit reste intact comme pour témoi-gner encore longtemps d’une époque révolue…

Hamid Dahmani



25/08/2015
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