LASNAMIA

Il était une fois El Afrah (Le Chelif du 02/3/2016)

 

 

Le groupe fait partie du patrimoine de la ville d’El Asnam

 

Il était une fois El Afrah

 

 

C'était au début de l'indépendance de l'Algérie. Nous sommes en 1963. Un groupe de jeunes artistes très dynamique et entreprenant se réunit dans un des bureaux de la JFLN dont le siège se trouvait rue Cheikh El-Mokrani. Objet de la rencontre : créer d’une association musicale dont les éléments sont issus de la ville d'El Asnam. El Afrah (les fêtes) venait de naître sous la houlette de ses jeunes membres fondateurs de l'époque.

Les fondateurs d’El Afrah avaient pour nom : Moulfi Djelloul, Amrous Mustapha, Guellit H’midet, Sayah Mustapha, Zorgui Salah, Aichouba M'hamed, Belmokhtar Hamid, Baghdadi Abdellah (Achari), Mekhata M'hamed, Kerbache Abdelkader, El-Mokhtar, Deramchi Mahfoudh. Certains nous ont quittés, d’autres sont encore en vie.

Feu Moulfi Djelloul était président de cette association et chef d'orchestre de cette jeune troupe amateur qui faisait ses premiers pas dans le monde des artistes et de la musique du genre «Chaabi et Aasri» avec des instruments de musique variés. C’était un groupe de copains animés d’une volonté de fer, qui ont plongé dans le monde musical avec une grande passion. Ils se sont perfectionnés au fil du temps dans le chant et la créativité musicale grâce à la discipline qu’ils se sont imposée.

Ce n’étaient pas des artistes professionnels qui avaient fréquenté l'école de musique, mais de simples artistes autodidactes qui avaient l’oreille musicale et qui ont appris sur le tas à jouer avec des instruments musicaux.

C'est ainsi que ce prestigieux groupe amateur, natif de la ville, est devenu très vite populaire. Il sera entouré de fans qui vont l’aduler. La troupe va se faire une notoriété et de nouvelles perspectives vont s’ouvrir à elle grâce au talent inné et aux capacités artistiques de ses membres. El Afrah sera très vite reconnu dans les manifestations locales, nationales et internationales qui lui on valu une reconnaissance et beaucoup de succès.

L’orchestre El-Afrah était présent partout ou il y'avait la "fête". Il y avait Djelloul au mandole et au chant, Amrous à l'accordéon,Sayah, Aichouba et Belmokhtar au banjo, Guellit et Zorgui à la derbouka, Haffi et Baghdadi au violon, M'hamed à la flûte, Amori à la guitare… Ali «cordonnier», Abdessmed, Benberrou, Djamel Megharia, Hamid Sahouedj, Habbar… c'était la joie et le divertissement continu jusqu'au petit matin dans les fêtes de mariages avec les «berraha», le crieur dans la banlieue de la Bocca, de la Cité ou de la Ferme.

Une enseigne de la musique chaabie et asrie

La troupe était aux anges durant ces moments d’euphorie. Djelloul et ses amis n’arrêtaient pas de sillonner les villes pour donner des spectacles à la hauteur de leur re-nommée. El Afrah était devenue une enseigne de la musique chaabi dans toute la région. La troupe était très sollicitée par les organisateurs de soirées musicales. Elle a participée à plusieurs manifestations culturelles internationales et a voyagé en Corée du nord, en URSS, en Yougoslavie au Maroc…. El Afrah fascinait les jeunes par son succès et son talent artistique. Sa cote de popularité avait atteint le sommet.

Et puis vint ce jour du destin du 18 octobre 1972, où l’on a appris que Djelloul le virtuose était parti pour ne plus revenir parmi le groupe. Une grande perte pour sa famille et pour ceux qui l’aimaient qui étaient sous le choc. La troupe El Afrah était orpheline. Elle avait perdue son rossignol. Elle était étêtée. Sans son chef d'orchestre et sans chanteur, la troupe est restée longtemps cloîtrée dans un deuil qui n’en finissait pas. La troupe est restée inactive pendant plusieurs années. Et puis, comme on dit, un malheur ne vient jamais seul, Il y a eu ce terrible séisme du 10 octobre 1980 qui a ébranlé la région et bouleversé l'existence des Asnamis qui se sont retrouvés du jour au lendemain des sinistrés malheureux préoccupés par leur la survie. Les gens avaient l’esprit ailleurs et n'aspiraient ni à goûter ni à écouter de la musique dans ces moments pénibles et tristes. L’activité culturelle et artistique a été gelée pour un bon moment. Et l’amertume s’installa

Perdu dans des campements d'urgence, éloignés et séparés les uns des autres à travers les sites de regroupement, c'était la coupure totale avec le monde extérieur, dans une ville sinistrée qui ne voyait pas le bout du tunnel. Deux longues décennies se sont écoulées dans l’isolement le plus total après ce terrible séisme qui a ravagé la ré-gion. Une absence remarquable de l’activité culturelle sur les lieux. Les Asnamis étaient préoccupés par d'autres problèmes plus urgents de survie que de jouer ou écouter de la musique.

Une relève digne des aînés

Mais, comme on dit, «la musique adoucit les mœurs» et le temps fait toujours son œuvre, le goût à la vie a vite repris le dessus sur la mélancolie et le désespoir. La page du séisme est tournée mais pas oubliée. Les gens ont changé et ont repris à nouveau une vie normale. On commence à faire la fête pour se faire plaisir et se détendre dans cet environnement longtemps soumis à l’oubli.

Mais, comme on dit, jamais deux sans trois. La décennie noire va replonger encore une fois la cité dans la morosité et la peur pour une durée indéterminée.

Le retour à la paix civile permet à la population de reprendre vie et de vaquer aux affaires courantes comme par le passé, loin de la violence. Les gens recouvrent au fur et mesure l’optimisme, replongent dans la quiétude et retrouvent le bonheur, les loisirs et la distraction comme auparavant. Entretemps, une nouvelle génération de jeunes artistes musiciens «El Afrah Juniors» a rejoint la troupe pour rendre pérenne l’histoire émouvante de cette association qui a fait les beaux jours de la ville avec les autres groupes musicaux qui se sont constitués et enrichi la vie artistique d’El-Asnam dans les années 1960 et 1970. Ainsi, toujours loyaux au premier serment donné le jour de la constitution de cette sympathique troupe d’El Afrah, les anciens se mobilisent pour la continuité et la survie de cette association qui s'est élargie avec la venue de nouveaux jeunes artistes pour perpétuer la belle aventure.

Aujourd’hui, l’association fonctionne avec la relève. Elle suit la trace des ainés. Une école de musique chapeautée par les membres actifs de l'association progresse avec une pépinière d’apprentis musiciens pour la pérennité de ce groupe musical populaire de la ville qui a fait la fête et la joie dans la plaine autrefois…

 

Hamid Dahmani



07/03/2016
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