LASNAMIA

L'homme qui venait de «Cartakhena»( Le Quotidien d'Oran du 10/3/2016)

 

 

 

par Hamid Dahmani

 
Débarquer de Cartakhena, c'est arriver d'une terre de nulle part.Cartakhena est un bled perdu dans l'imaginaire lointain du pays et dans la mentalité rétrograde des ignorants. Depuis notre tendre enfance, nous avons toujours été confrontés à cette expression comique de «hadha, dja men Cartakhena» (qui signifie ne pas être du coin), un vocabulaire tiré de l'argot local pour designer les mal-aimés, les nouveaux venus, les étrangers et les ruraux. Mais où se situe donc cette satanée Cartakhena ? Plusieurs personnes ont répondu on donne notre langue au chat. « Aalmi, aalmek ! » (Mes connaissances sont les tiennes). Ce qualificatif incongru demeure, à ce jour, usité par les faibles d'esprit lorsqu'ils sont en face de l'étranger qui s'installe dans le quartier. Une locution blédarde qui tarabuste l'esprit et la curiosité. Donc, je me suis rapproché des anciens pour essayer de m'éclairer un peu plus sur cette légende loufoque toujours sur le bout de la langue pour mépriser des individus et rejeter leur intégration sociale. Il paraît que le mot «carta» provient de quartier et «khena», je donne moi aussi ma langue au félin. Selon les opinions diverses, l'exode rural est la racine vomitive de cette boutade populaire. Cette réaction machinale se pose souvent lorsque l'on s'interroge sur l'origine de quelqu'un qui n'est pas de la région ou qui n'a pas d'origine ni de souche natale dans la ville. Cartakhena fait partie de l'irréel. Ce n'est pas la porte à côté. C'est plutôt loin et perdu comme Tataouine. Ce propos malveillant est jeté sur le dos de pauvres malheureux issus d'une zone déclassée qui s'installent pour vivre avec leurs familles à la faveur d'un job dégoté ou d'un appartement dans le milieu urbain. Les mauvaises langues sectaires exploitent et dénigrent méchamment ces infortunés, comme si ces « nouveaux débarqués » allaient manger le pain des autres. Entre les pseudo-notables et ceux de la dernière pluie venus d'un autre univers dit Cartakhena, il y a l'idée de l'exclusion et de l'appartenance. La terre appartient à tout le monde. Et les hommes sont égaux devant le créateur et les lois de la République. L'homme est libre de circuler, de changer d'air et de choisir le lieu pour se construire. Cartakhena est une invention médiocre et inopportune qui s'apparente à une incitation à la haine. Des victimes de cette chasse aux sorcières sont honnies gratuitement. Au contraire, la tradition musulmane est basée sur la fraternité, la solidarité et le bon accueil des gens qui sollicitent l'hospitalité au milieu de la société. Les curieux sont des indiscrets qui s'interrogent et s'informent pour assouvir le désir maléfique. Ce sont des défauts humains qui s'occupent et se mêlent des affaires des autres uniquement pour nuire à leur réputation. Les gens ne savent pas que ces êtres, qui sont considérés comme des «intrus» dans la société, peuvent apporter de la richesse, de l'intelligence et de la main-d'œuvre utile pour la prospérité de la région. On a toujours besoin d'un plus petit que soi, dit le bon adage… 


11/03/2016
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