LASNAMIA

Le chagrin me tue ( Le Quotidien d'Oran du 29/3/2016)

 
Le chagrin me tue
 

par Hamid Dahmani

 

 

On l'avait dit et les anciens l'avaient prédit. Même ceux de la dernière pluie nous avaient avertis qu'il y avait une fausse donne. Mais les machins tordus n'ont rien dit. Ils ont laissé faire pour continuer à traire, jusqu'à la dernière heure. Nous avions compris, mais que pouvions-nous faire, sinon se taire. Ils nous tenaient par la terreur, les menaces et l'horreur. Ce sont des traitres et des maitres-chanteurs qui nous faisaient vivre dans la peur. Naguère, la justice était précaire et on venait juste de se réveiller de notre grande torpeur. On avait peur, et on le cachait pour paraitre un peu téméraire. Ils étaient nombreux et forts et ils juraient qu'ils nous enverraient tous en enfer. On baissait timidement la tête par terre sans rien faire. On était très docile et on écoutait parler les ainés nous raconter des histoires à faire peur. Les fourbes ont encouragé la grande parodie et falsifié la belle histoire. Il faut nous croire, chantaient-ils sur tous les toits. Ils nous ont endormis et alimentés avec des projets utopiques. Ils nous ont volé nos voix et ils ont dit que c'était notre choix. La santé se dégrade et le bienêtre se noie dans la grande tourmente politique. On a oublié le bonheur et on n'est pas tranquille dans nos demeures. Les autres sont méprisants et haïssants, ils l'ont dit clairement, c'est ce que nous méritions. On savait que c'était interdit de dire des choses qui pourraient leur nuire. On n'avait pas le choix, se la fermer ou trépasser. Ils nous racontaient des histoires pas trop claires. C'était l'époque de la galère. On rêvait de partir et de reconstruire un futur ailleurs. Le moral est lancinant et le cœur vacillant. Le discours est nonchalant. Les sacs se remplissent, se vident et se tarissent. La vérité trébuche et les témoignages sont poignants. La vie est triste et nous épouvante à chaque lueur du jour. Injuste est notre époque grotesque. Le soleil se lève et se couche et les fourbes sont toujours debout. La vie est un train de racontars et de bobards. Le pot de fer contre le pot de terre. Le machin est sourd et muet comme une carpe. «C'est une drôle de vie ! » j'ai une grande horreur des types de cet acabit. L'âme souffre de l'indifférence des puissants. L'atmosphère est au suivant et le chagrin nous tue. L'idéal est souillé et le gros mensonge nous mène en bateau. Le minus a effacé le majestueux et la hiérarchie a basculé bêtement dans l'entêtement. Les esprits sont maudits et tordus. Le pays fonctionne comme dans un taudis. Les innocents se sont épuisés sans peine. Le malaise est profond mais les médecins sont très confiants dans le diagnostic. C'est vrai, c'est un cas inédit. «Le chameau ne voit pas sa propre bosse, mais il voit la bosse de son frère». 


29/03/2016
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