LASNAMIA

Le temps de mourir !

 

Tizi-Ouzou. Un matin froid et pluvieux. Beaucoup de verglas sur la chaussée. J’étais devant le grand carrefour qui jouxte la Poste et la Mairie. Pour se rendre à la Gare routière à partir de ce carrefour, on peut soit descendre la rue principale soit prendre la rue parallèle juste en bas de la poste. J’ai choisi la voie parallèle car plus calme. Arrivé au bout de la rue où je devais juste traverser la rue principale pour accéder à la Gare routière, je me suis rendu compte que la route était bloquée par des  travaux. Je devais donc remontre toute cette rue parallèle jusqu’ai carrefour puis reprendre la rue principale. Mais en remontant mon chemin, j’ai vu qu’il y avait une maison en construction – une carcasse- avec plusieurs étages desservis par des escaliers non finis et sans rampe. Et que de cette maison, on pouvait accéder à la rue principale si on arrive au dernier étage qui donnait justement sur cette rue. Cela me permettait un raccourci qui m’aurait économisé la pente de la rue parralèle mais aussi un peu de temps.

J’ai  donc pris la résolution de monter ces étages de la carcasse. Dès les premières marches des escaliers, je me suis rendu compte que ça glissait énormément et qu’il était hasardeux d’aller jusqu’au 3eme ou 4eme étage pour rejoindre la rue principale. Arrivé donc au premier étage très péniblement, j’ai commencé à réfléchir à la décision que je devais prendre : soit continuer jusqu’au bout. Soit redescendre et remontre la rue parallèle. C’est à ce moment-là que j’entends  des bruits de pas de deux personnes au moins qui sautaient les escaliers d’au-dessus au moins trois par trois. Sachant que ça glissait énormément, je me suis demandé comment ils peuvent prendre un tel risque sachant que, s’ils rataient une marche, ils risquaient de glisser et se retrouver sur la chaussée puisqu’il n y avait aucun moyen de s’accrocher à une rampe. Et c’est exactement ce qui s’est passé !
En levant mes yeux au ciel, et toujours coincé au premier étage, j’aperçois deux silhouettes d’hommes qui sautaient dans le vide pour se retrouver écrasés sur la chaussée, cranes éclatés et leurs boyaux dehors. Morts sur le coup ! Deux jeunes que je ne connaissais pas. La vue de leurs cranes éclatés et leurs boyaux étalés sur la chaussée m’a  figée. Je ne bougeais plus. Saisi d’un malaise indescriptible, et ne pouvant même pas m’agripper à quoi que ce soit, je m’interrogeais sur cette fin de vie atroce pour ces deux jeunes inconscients qui, à défaut d’avoir eu le temps de vivre, n’avaient même pas eu  le temps de mourir. Ils sont morts sur le coup ! Bêtement !

C’est à ce moment précis que je me suis réveillé et passé le reste de la nuit blanche.  Pourquoi ce cauchemar ? Pourquoi avoir pris cette rue parallèle et pourquoi avoir tenté e prendre le raccourci ? Pourquoi j’hésitais à aller jusqu’au bout des étages ou redescendre ? 
Je n’ai pas les réponses à ces questions. Mais elles ne sont pas innocentes. Elles doivent avoir du sens. Nous avons beau réfléchir, prendre des risques,  vivre l’instant présent sans se soucier de l’avenir qui nous attends, profiter de chaque seconde e cette existence éphémère, être à l’écoute des autres, les assister en cas de besoin, nous sommes toujours rattrapés par notre histoire individuelle faite de joies, d’espérance, de projets mais aussi de défaites, de tristesse et parfois de résignation. 
Et de se rappeler ce  proverbe germanique « Tu dois accepter la vie comme elle se présente, mais tu devrais essayer de faire en sorte qu’elle se présente comme tu aimerais qu’elle soit .». Encore faut il avoir l’énergie nécessaire !

 

Youcef l'Asnami



13/12/2015
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