Les m'torni Le Chélif du 17/03/2025
Le Chélif du 17/03/2025
Les m’torni
Par Hamid Dahmani
Jadis, du temps où l’Algérie était sous occupation coloniale française, la rue algérienne parlait communément dans le dialecte populaire sans avoir de complexes ni de soucis littéraires quand elle s’exprime. À cette époque, les gens communiquaient dans la langue locale dite « darja », un parler propre à l’Algérie, une langue héritée tout au long de son histoire plurielle et des civilisations qui se sont succédé sur ce grand territoire magnifique. Autrefois, dans leur pays, les algériens parlaient l’arabe algérien. Aussi, avec le temps, les gens se sont -ils adaptés à trouver le juste mot pour converser en algérien entre eux et se faire comprendre par leurs vis à vis. En cette période, (l’époque coloniale), une grande partie de la société était analphabète et ne fréquentait pas l’école publique française mis à part quelques privilégiés. C’est au cours des 132 ans d’histoires d’occupation coloniale que ce sont greffés beaucoup de mots d’origines arabe à la langue française qui ont enrichi son vocabulaire. Et, à ce titre, il y avait autrefois un mot péjoratif pour dénigrer certains individus qu’on appelait les « m’torni » (littéralement les naturalisés) qui se disait des algériens naturalisés français et qui adoptaient le christianisme comme religion, abandonnant ainsi leurs origines et leur culte pour embrasser la citoyenneté française. Avant l’indépendance du pays, ces algériens « m’torni » étaient considérés comme des sujets français automatiquement et sans accord au préalable de ces derniers.
À cette époque où l’Algérie était considérée comme française, changer de nationalité pour devenir « français » était perçu comme un affront ou un mépris pour ses semblables, un retournement de veste à leurs yeux ; cet acte était condamné et était perçu comme une apostasie et une profanation de la loi musulmane. Aussi, ceux qui avaient tourné leur veste avec « França » étaient désignés par le terme de « m’torni » ou « m’tourni », qui veut dire « retourné ».
Les « m’torni » sont des algériens qui ont choisi de changer de camps dans des moments douloureux où l’Algérie vivait sous le joug de l’armée et l’administration coloniales afin de gagner la sympathie des colons et d’acquérir la citoyenneté français avec les droits qui s’y rapportent. On se souvient de cette époque ou les « m’tourni » étaient des individus qui se reprochaient beaucoup de forfaitures envers le pays, tels que les harkis, les vendus et les traîtres qui collaboraient avec la France coloniale.
Mais, depuis ce temps-là, que d’eau a coulé sous les ponts. Hélas, combien de « harraga » ont bravé la furie des flots pour gagner les rives de l’Hexagone pensant qu’ils y mèneraient une vie décente ; les uns en sollicitant l’asile, même au prix d’un mariage blanc, les autres en usant de tous les subterfuges pour acquérir la binationalité, quitte à débiter tous les mensonges sur ce qu’il se passe dans leur pays.
H. D.
