LASNAMIA

Par les temps qui courent.( Le Quotidien d'Oran du 09/07/2018)

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Par les temps qui courent
 

par Hamid Dahmani

 

Avant-hier, il était midi passé et je longeais les murs monotones de la ville caniculaire qui m'a vu naître, où il était une fois où il faisait bon vivre dans cette région. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un mauvais cadre de vie avec des rues squattées par le commerce informel et inondées par la saleté permanente. Des trottoirs fatigants toujours occupés par les gilets jaunes avec leur excès de zèle. Des murs non ravalés, sans couleurs vivantes et ternis par la salissure qui s'est arrêtée dans ce bled oublié à une vie empoisonnée. Ce jour-là, l'atmosphère était tendue et le centre-ville se vidait de ses habitants au fur et à mesure que le thermomètre grimpait et le soleil tapait très fort sur la tête, alors qu'il était près de midi. Poursuivant ma route et au coin d'une ruelle et à ma grande surprise, je croise un vieil ami d'enfance que j'ai perdu de vue depuis des lunes. Cet ami semblait égaré dans les méandres des ruelles crasseuses et des chiens errants qui avaient pris possession du cœur de la cité. Ce flâneur de souk faisait sûrement sa visite urbaine en quête de souvenirs d'autrefois, et peut-être aussi qu'il était à la recherche d'une compagnie plaisante pour papoter un p'tit moment sur la vie, il était une fois. Aussi, après avoir échangé quelques amabilités et voyagé un instant dans le passé pittoresque de la ville, et en attendant l'heure des braves pour regagner le domicile conjugal, j'ai engagé avec mon ami un petit bavardage amical, question de briser l'ennui. «Oh là là, comment vas-tu vieille antiquité ?». Il m'a répondu « comme tu vois, j'ai pris un coup de vieux, mais je suis encore debout et je m'amuse à tuer le temps en attendant...» Je l'ai regardé, un peu surpris, et je l'ai interrogé : «Et avec quoi tu vas tuer le temps, tu penses vraiment qu'il va se laisser faire facilement ? 

Au contraire au lieu de te chiffonner l'esprit et de tramer un homicide contre le temps, cet innocent, essaye plutôt de tuer l'ennui qui est la principale «mouchkila» de ta grisaille. Au contraire mon ami, il faut adorer le temps et le remercier pour ces moments de vie et de plaisir que tu respires. Il faut vraiment avoir pété les plombs pour avoir une pensée aussi maladive que de vouloir tuer ces moments précieux de la vie. Tu sais, le temps n'est pas responsable de ta déprime. Mais, c'est à toi de créer le beau temps autour de toi. Profite de ton temps et organise-toi mon ami et vit avec lui au lieu d'essayer de le buter. Autant faire la paix et négocier à l'amiable ta vivacité avec lui pour sortir de cette asphyxie qui te tue à petit feu. Regarde-toi dans un miroir, tu as un visage serré et une tête d'enterrement. Reprends-toi, il faut se fendre la poire dans ces moments profitables de notre existence, sois un homme béat et chasse le pessimisme et pratique des activités ludiques et culturelles pour gagner ta fraîcheur. Tu sais, ce n'est pas le loisir qui manque dans notre joyeux pays, et ma foi tu as l'embarras du choix pour t'épanouir. Par exemple, dans ces moments de grandes chaleurs, prends le bus et va à la plage pour te baigner et te rafraîchir les idées, mais quand même fais attention aux tigres qui gardent la plage. Tu sais l'accès est rassurant et gratuit, comme on dit partout. Autrement, fais du saut à l'élastique dans le vide, ou du parapente pour t'amuser comme un gamin. De temps en temps, poste-toi et allonge-toi dans un endroit stratégique pour admirer le coucher ou le lever du soleil, pour goûter au romantisme de la nature ensorcelante qui nous entoure. La randonnée pédestre en plein air dans les massifs montagneux ensorcelants de Sid Ali Bounab, est une activité conseillée pour le cœur. Eclate-toi mon vieux ! Mais pas avec une ceinture explosive, la vie est tellement courte. Fais de la gymnastique pour ton bien-être et fais la tournée des épiceries pour te constituer un stock de sachets de lait pour les jours à venir. 

Va au cinéma et installe-toi dans un bon fauteuil pour assouvir ta passion avec un bon film d'humour, passe une bonne soirée au restaurant et régale-toi de fruits de mer, et goûte aux plaisirs de la vie et de son bonheur et sois un bon exemple et consomme tout ce qui est algérien. Sinon, occupe-toi à collectionner des timbres-poste pour garnir tes moments cafardeux et sois un bon ambassadeur d'Algérie-poste et de ses timbres. Tu sais, il suffit d'y mettre le cœur pour y parvenir. Mais, de grâce mon ami, oublie cette envie morbide de vouloir refroidir le temps. C'est une idée débile et irréalisable. Le temps est une providence pour les êtres humains qui respirent dans cet univers. On naît, on vit et puis un jour on meurt. Le temps c'est important dans la vie des humains. Le temps perdu ne se rattrape pas quand il est là, il faut le prendre à bras grands ouverts. Pour cela il ne faut pas gâcher son temps, à se regarder le nombril du lever au coucher du soleil. Il faut être au top avec le temps et marquer ton passage avec une belle empreinte qui t'évoquera quand tu ne seras plus là». «Ha tu me manquais toi, mon ami !», s'est exclamé mon malheureux copain avec un malin petit sourire. «Je t'en prie mon ami arrête de te payer ma tête avec tes précieux conseils. Aussi, pour te faire plaisir, je te promets que demain, je vais faire mon premier saut dans le vide à partir du pont du Cheliff qui traverse la ville, mais je te préviens, sans élastique…» 


09/07/2018
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