LASNAMIA

Qui se souvient de Mohamed Ali Aichouba ?( Le Chelif du 09/3/2016)

 

l’homme incarnait la culture à Chlef

 

Qui se souvient de Mohamed Ali Aichouba ?

 

Peu reconnaissante à l’égard des siens, Chlef a la particularité d’être une ville qui ne sait pas (ou ne veut pas ?) honorer et rendre hommage à ses enfants. Beaucoup de personnes se sont donné corps et âme pour promouvoir la culture, le sport ou la musique mais ont malheureusement sombré dans l’oubli et l’indifférence la plus totale. Mohamed Ali Aichouba faisait partie de ces gens qui se sont sacrifiés pour rehausser les activités culturelles et sportives de sa ville natale.

 

 

 

Voir un centre culturel, un musée, une salle de cinéma ou une bibliothèque porter le nom de Mohamed Ali Aichouba est le souhait de beaucoup d’Asnamis. Son nom, son visage et son légendaire sourire resteront gravés dans nos cœurs et nos mémoires. On ne pourra jamais oublier sa gentillesse, sa générosité et sa grande disponibilité envers les gens qui venaient le solliciter des quatre coins de la ville. Parler de Mohamed Ali Aichouba, c’est aussi parler de l’homme à la foi inébranlable, de l’homme pieux et honnête. Depuis sa disparition, la culture est malade et n’a pas l’air de bien se porter, les marionnettes sont pâles et livides. On dirait qu’elles ont perdu le sourire alors que le monologue parait grippé et n’arrive plus à s’exprimer clairement. Aucune place, aucun édifice public et aucune rue ne porte son nom alors que de son vivant Mohamed a sacrifié toute sa jeunesse pour promouvoir la culture (au sens large du mot) dans notre ville et dans toute la région.

Mohamed Ali Aichouba était le frère, l’ami ou le confident de tous les Asnamis. Il est né en 1944 au sein d’une modeste famille, dans le quartier populaire de Bocca Sah-noun (Hay Essalem). Son père était chauffeur de taxi alors que ses grands parents (paternel et maternel) étaient propriétaires de cafés ambulants. C’est également à la ferme, autre quartier populaire de la ville, qu’il passa son enfance. Il termina ses études primaires à l’école Lallement d’où il sortit avec le diplôme de BEPC.

Le sportif et l’enseignant

C’est en 1961 qu’il signa sa première licence sportive avec l’équipe de cross country de la mairie d’Alger. Il a couru à côté de Gnaoui Bahloul et du légendaire Ahmed Klouche. Ensuite, comme tout Asnami qui se respecte, il a commencé une courte carrière footballistique comme gardien de but de l’équipe des juniors de l’ASO. Juste après l’indépendance, Cheikh El Mehdi Mohamed, enseignant fort connu qui a été désigné comme sous-préfet de la ville, a rassemblé tous les intellectuels et les a encouragés à apporter leur soutien au profit des enfants de notre wilaya. Et c’est en toute logique que Mohamed entama la carrière pour laquelle il avait quelques prédispositions, c’est-à-dire l’enseignement. Il pensait déjà à apporter aux enfants les fruits de son savoir et de ses larges connaissances. Il travailla à l’école primaire de la ferme (actuellement Hay El houria). Ses anciens élèves ne gardent de lui que de très bons souvenirs. Ils se souviennent d’un enseignant qui était très proche de ses élèves à qui il demandait toujours de s’exprimer en français et leur interdisait formellement de parler en arabe. Ils le respectaient beaucoup et le considéraient un peu comme leur père.

Harlem, Caligula et l’inoubliable «West side story»

Parler de Mohamed, c’est aussi parler de théâtre, cette autre passion qui le dévorait. C’est en côtoyant Rabah Loucif, qui fera une grande carrière théâtrale et cinématogra-phique en Algérie et surtout en France, qu’Ali Aichouba fit ses débuts dans l’univers du théâtre et commença à fouler les planches. C’est sous son impulsion que la troupe théâtrale de Chlef a vu le jour au centre Albert Camus (actuellement Larbi Tebessi). Durant l’année 1963, cette troupe a remporté le grand prix de la fête de la jeunesse avec la pièce intitulée Harlem. Il fit ensuite connaissance avec le metteur en scène français René Laforgue qui avait fait de nombreux séjours dans notre ville qui lui pro-digua des conseils et des recommandations très utiles dans l’univers envoûtant et ô combien passionnant du théâtre. Sous sa direction, la troupe de Chlef interpréta plusieurs pièces théâtrales dont les plus célèbres resteront Harlem, Caligula, la valise de plantes et Antigone. Le fait le plus marquant restera incontestablement cette magnifique tournée entamée durant le mois de Ramadhan en 1966. Cette tournée mènera notre troupe à Bejaia, Sétif et se terminera en apothéose à Alger. Chaque repré

sentation se termina sous un tonnerre d’applaudissements et les ovations chaleureuses du public. C’est au cinéma Le Majestic (Atlas actuellement) que la troupe théâtrale de Chlef remporta le premier prix avec la célèbre pièce West Side Story. IL convient juste de signaler que le prix a été remis par le défunt président Houari Boumediene. Son frère M’hamed, avocat respecté et fort apprécié à Chlef nous apprit que Mohamed Ali Aichouba avait été retenu pour jouer un rôle dans le film «Sanaoud» (Nous reviendrons) du réalisateur algérien Mohamed Slim Riadh.

Les jolies colonies de vacances

De son vivant Mohamed Ali Aichouba se préoccupait beaucoup des enfants dont les parents n’avaient pas les moyens de leur offrir des vacances. Ce problème lui tenait à cœur. Ainsi décidé-t-il de s’investir dans les centres de colonies de vacances. Il n’a lésiné sur aucun moyen pour apporter du divertissement et de la joie aux enfants de la ville qui l’a vu naitre. Il était animateur de centres de colonies de vacances et, ensuite, en tant que directeur, il consacra son temps et son énergie pour que les jeunes colons ne manquent de rien et passent d’agréables vacances. Son travail était tellement apprécié qu’on lui proposa de diriger plusieurs fois des centres de vacances dans différentes régions du pays et à l’étranger, en France plus particulièrement.

Le jeu de marionnettes

En 1973, le défunt avait l’immense privilège d’être le précurseur du théâtre de marionnettes dans la ville. Il ne s’est pas contenté de créer le premier théâtre de marion-nettes, il s’est surtout investi dans la formation des marionnettistes. Il installa un atelier dans lequel il prodigua maints conseils et recommandations aux jeunes apprenants. En 1975, sa formation théâtrale qui a participé à la célèbre émission enfantine de l’époque «El hadika Essahira» (le jardin enchanté) a connu un franc succès. Cette émission suivie en direct à la télévision a procuré beaucoup de joie aux Asnamis et a constitué un petit évènement dans la ville.

Son grand amour… sa véritable passion

En 2000, il prit sa retraite et quitta la direction de l’Education dont il était le responsable des activités culturelles, pour se consacrer exclusivement à sa véritable passion. Il faut juste souligner qu’entre Mohamed et les herbes médicinales, c’était le grand amour. Il aimait passionnément les herbes et connaissait toutes leurs vertus thé-rapeutiques. Grâce à une sérieuse et profonde documentation, il était devenu un océan, une encyclopédie dans ce domaine. Aucune herbe n’avait de secret pour lui. Il connaissait les noms grecs et latins de chaque herbe. Fort de ses connaissances, il ouvrit un magasin spécialisé dans les herbes médicinales. En l’espace de quelques mois, son nom deviendra un repère dans ce domaine et les Chélifiens venaient le consulter et suivaient ses conseils à la lettre. Lors de quelques sorties effectuées à la campagne, il a essayé de me transmettre quelques notions relatives à la flore mais il déchanta rapidement quand il remarqua que rien ne se passait dans mon esprit. Peu de temps avant sa mort, Mohamed comptait rassembler toutes ses connaissances dans un livre. Rêve qu’il n’a pas pu concrétiser parce que le destin en a décidé autrement. En décembre 2007, notre frère Mohamed nous quitta pour aller rejoindre l’éternel. La nouvelle de sa mort se répandit rapidement dans la ville et consterna beaucoup de Chélifiens. Il est parti au l’au-delà emportant avec lui son sourire légendaire et sa grande sagesse mais en laissant derrière lui un travail remarquable que nul ne pourra oublier. Repose en paix Khouna Mohamed, les Chélifiens souhaitent de tout leur cœur voir ton nom gravé sur le fronton d’un centre qui abritera des activités culturelles (musée, bibliothèque, centre culturel, salle de cinéma…). Culture pour laquelle tu t’es largement investi et à qui tu as tant donné.

 

A. Dahoumane.

 

 



29/05/2016
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