LASNAMIA

Rire et sourire sur commande.( Le Quotidien d'Oran du 18/10/2015)

 

 
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Rire et sourire sur commande
 

par Hamid Dahmani

 

 

Le rire est le propre de l'homme, a dit Rabelais. Un rire ou un petit sourire, c'est gratis et ça ne coûte pas un centime de dinar pour les coincés. Le stress, l'angoisse, l'ennui et les malheurs font serrer les visages des gens qui deviennent drôles et repoussants avec le temps. Le rire est un signe de bonne santé des radieux. Le rire et le sourire sont en voie de disparition avec la sinistre pollution. Il faut protéger la marque des zygomatiques contre la tristesse des visages ternes. Il faut rire sans compter tous les jours pour son bien-être. Parole de toubib que c'est une thérapie pour notre survie. Il y a plusieurs sortes de rires des circonstances dramatiques. Le rire comique. Le rire qui provient du cœur. Le rire importé et qui vient spécialement d'ailleurs. Le rire «bessif» (à contrecœur) pour faire plaisir aux grands chefs et le rire «aala walou» (pour rien). Dans le présent, il faut chatouiller profondément les gens et faire des guili-guili avec les doigts pour les faire rire. Le rire est le symbole du bonheur et du vivant sur terre. Les gens qui la jouent sérieux n'aiment pas rire en public. «Tiens ! Pourquoi ? Qu'ils gardent alors leur semblant de sérieux qui ne fait pas rire». Faut-il rire ou pleurer «aala saadna» de nos déboires ? Même les clowns du présent n'arrivent pas à faire décoller le rire. Rira bien qui rira le dernier, disent les sages. Faut-il souffrir et rire tel «bared el-galb ?» (un cœur froid) sur notre destin. Le rire jaune est affiché depuis que l'hypocrisie s'est répandue comme une banane sur la piètre figure pour narguer ceux qui ont perdu le goût du rire. Aujourd'hui, c'est la fête annuelle du rire. «Hem idhahak ou hem ibeki» (des malheurs qui font rire et pleurer). Même les blagues ne font plus rire. Les humoristes ont perdu le sourire. Les hommes politiques, les célébrités et les présentateurs aiment sourire à la caméra juste pour faire avec. «Souriez, le petit ‘zoizeau' va sortir !» Il est temps de mourir de rire. Les morts ne rient pas, parce que le cœur n'y est pas. 

Le présent n'est pas tellement riant, il est plutôt fuyant. Selon un sondage récent, le rire a chuté de plusieurs barils de rire. Il ne vaut pas un centime du CAC marrant. Les intouchables nous font rire en différé quand ils sont à la une des médias dans des caricatures délirantes. Dans le passé récent, quand le grand malheur tombait sur la tête de quelqu'un, on faisait appel aux pleureuses pour stimuler les larmes. Dans le présent désastreux, il est temps de convoquer les «dhahakates» pour exciter le rire dans la maison.    

Les histoires de rire de Djeha sont devenues, avec le temps galopant et les tristes événements du pays, trop ringardes. Le ridicule est plus attractif puisqu'il ne tue plus comme il était une fois. Notre actualité sociale est riche en histoire burlesque. Elle nous fait plier de rire chaque jour qui passe… 


18/10/2015
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