LASNAMIA

Se faire du mouron.( Le Quotidien d'Oran du 07/07/2018)

 

 
Se faire du mouron
 

par Hamid Dahmani

 

Dans ces moments de compétitions sportives de Coupe        du monde, il y a de drôles d'expressions qui fusent de partout et qui vous font sortir de vos gonds quand elles sont diffusées par les médias. Par les temps qui courent et depuis que le stade de football est devenu un lieu de simulation, de frime, et de toutes les tromperies pour gagner des matchs avec de la malignité, il n'est pas très compliqué de réussir à jouer au football, il faut seulement avoir du zèle, jouer des coudes et des mains et savoir surtout chuter dans le carré des 18 m, pour que le point de penalty soit désigné. Les commentateurs sportifs sont, aussi, de la partie et n'y vont pas avec le dos de la cuillère avec ces idoles et sèment à tout vent des réflexions, sans queue ni tête, sur la tension qui prévaut avant le match. « Le pays tout entier retient son souffle » quand on parle d'une vedette du foot qui ne jouera, probablement, pas avec son équipe pour affronter un match important parce que la célébrité dont en parle est blessée pour cette rencontre décisive. Pourtant quand on parle sensé on dit toujours que nul n'est indispensable sur cette terre. Qu'un tel joue ou ne joue pas, c'est kif-kif pour ceux qui ont les pieds sur terre, et comme on dit, dans notre langage populaire : « kayene khouh fe soug ». Il ne faut pas compter sur moi pour couper mon souffle et faire de l'apnée, en plein air, parce que c'est mauvais pour le cœur. Un match de foot, après tout, n'est que 90 minutes de spectacle pour les plus raisonnables, et puis c'est tout et tout le monde rentrera chez-soi gentiment. Mais au-delà, dire que le monde va retenir son souffle pour un doué du football qui se la joue, pour un match, on ne va pas se mentir, ce n'est pas du tout le principal souci des amateurs de foot. Oui c'est vrai, il nous arrive des fois de retenir notre souffle, mais uniquement quand notre pension n'a pas été virée, le 26 du mois, comme d'habitude, ou bien dans les moments pénibles et de peine que traverse un membre de la famille, un ami ou un proche qui est dans une situation familiale inquiétante. Aller jusqu'à affirmer que tout un pays est suspendu au résultat d'une rencontre de football ou du bulletin médical d'un joueur est considéré comme une catastrophe pour un pays, c'est pousser le bouchon un peu loin. « Ki l'youm ki ghadoua,ya khouya » et je ne vais pas me faire de la bile. Et c'est valable pour le football local et celui d'ailleurs, et encore il ne faut pas trop compter sur nous pour retenir notre respiration, volontairement, et mettre notre vie en danger pour quelqu'un qu'on ne connaît même pas, et qui va s'en mettre plein les poches, les sacs, et les coffres-forts grâce à des salaires faramineux, issus d'un spectacle de coups de pieds donnés sur un ballon, seulement, et qui font tourner la tête des fous du foot. C'est fou et même ennuyeux que certaines gens soient naïves et maboules de ce foot et qu'elles n'aient rien à faire d'autre que de converser du matin au soir de club, de ballon et de transferts de joueurs. Avec le temps et tous ces bouleversements, survenus au fil du temps, le football est devenu une bêtise humaine qui a perdu son sens et tout esprit sportif. Deux camps qui se regardent en chiens de faïence et qui ne pensent pas, dans le même ordre d'idées, d'un côté les spectateurs qui aspirent à en avoir pour leur argent et passer un bon moment au stade et de l'autre, des joueurs qui réclament plus de flouze pour mouiller leurs maillots, sinon ils ne jouent pas. Au grand dam des médecins-résidents, les footballeurs ne sont jamais descendus dans la rue pour réclamer tant de dignité et d'argent offert généreusement. Wallah, que je ne retiendrai jamais mon souffle pour la balle ronde ou pour ces joueurs fortunés, quels qu'ils soient, et qu'ils jouent ou ne jouent pas. Je ne veux pas m'angoisser pour des personnes que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam. Au contraire quand on va au stade c'est pour rechercher un moment de plaisir et du bon temps et dégager le stress de la semaine de travail. Tu parles! 

Des joueurs qui encaissent des centaines de millions par match et par mois et on vient nous demander de retenir notre souffle par compassion avec ces machines qui engendrent des millions juste en tapant dans un ballon.. et en plus, ils veulent que nous nous fassions du mouron, parce que ces indispensables ne seront pas de la partie ! « kh'dem ya chakki, koul ha ya l'mestrah »… 


07/07/2018
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