LASNAMIA

Une ambiance de bla-bla-bla .( Le Quotidien d'Oran du 27/04/2017)

 

Une ambiance de bla-bla-bla

 

 

par Hamid Dahmani

 

 

Les gens raisonnables utilisent souvent cette expression proverbiale qui dit : «Parlons peu, mais parlons bien», une locution pour mettre un terme à une conversation sans fin. Pour parler, il faut avoir une vie, un esprit, une bouche avec une langue et, bien entendu, quelqu'un avec qui parler. L'homme veut dire plein de choses quand il a envie de parler. Il veut parler pour montrer son talent et ses dents. Les philosophes s'expriment pour dire ou médire, tandis que les plus stupides monopolisent la parole pour ne rien dire. Les plus bavards peuvent parler avec un mur, un avion, une population ou avec soi-même, chacun est libre de papoter avec qui il veut. Il paraît même qu'il y a des êtres disjonctés qui arrivent à causer avec le désert. Le «parlage» des nuls est un produit qui provoque l'ennui. Le franc-parler se trouve dissimulé dans la bouche des plus raisonnés. Dans ces moments pénibles, pour se valoir, il y a des personnes qui parlent avec des pots sourds, d'autres qui parlent du matin au soir comme des fous, et certains qui délirent depuis toujours. Les poètes clament la parole en prose, les hommes politiques causent de fraude, et les demeurés discutent encore de patates et de bananes dans les cafés maures. Parler à cœur ouvert est une denrée rare qui fait la grande pénurie. Les parlementaires et le peuple font du papotage et ne communiquent pas dans la même langue. Les orateurs sont des excités qui articulent sans mesure, ils déclarent que les plus petits doivent écouter parler la sagesse des plus grands. La parole de l'homme, c'est comme une balle, quand elle sort du canon d'un fusil, elle ne revient jamais en arrière. La parole vide de sens continue d'impressionner les moins que rien, et la parole qui illumine les esprits est muselée et poursuivie. Hier, sous le régime de la peur, pour une parole, tu pouvais clamser, dans le présent, sous la bannière de la pseudo-démocratie, tu peux parler jusqu'à ce que tu meures. Entre la parole mielleuse et la parole haineuse se cache tout un vocabulaire de toqué. Je parle, tu parles, nous parlons…, mais sans résultat. Ils parlent, ils font et ils défont notre destinée sans notre agrément. La voix quand elle est étouffée ne raisonne pas dans l'atmosphère. Dans ces moments paresseux, la parole est érodée par la langue de bois. Dans cette ambiance de bla-bla-bla, l'heure est propice pour les fourbes qui sont sortis de leur léthargie, pour raconter des histoires à dormir debout, et faire des promesses, comme d'habitude, pour gagner une place dans la chambre basse pour se la couler douce comme leurs prédécesseurs. Les gens en ont ras le bol des hommes qui ne tiennent pas leurs paroles. Hélas, «s'hab el kelma», ça ne court plus les rues aujourd'hui. 


27/04/2017
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