LASNAMIA

Une histoire de tuyauterie-Le Quotidien d'Oran du 19/9/2015

 

 
 
Une histoire de tuyauterie
 
 

par Hamid Dahmani

 

 

Généralement, un tuyau sert à « yedi wi djib » (amener et ramener), c'est un objet banal lorsqu'il se trouve sur notre route; aussi, nous ne lui accordons pas une grande importance ni un intérêt quelconque surtout lorsque c'est un bout de tuyau insignifiant usé par le temps et qui ne sert pas à grand-chose dans la vie. Un tuyau, Bof ! C'est « faregh mel dekhel » (vide), il peut être rigide ou flexible. Il est toujours utilisé comme un lien entre deux sources. Une conduite peut servir à ramener de l'eau, du gaz ou des eaux usées. Un tuyau peut aussi servir à conduire « el-hadra » (une voix), « m'liha wela Douniya », d'un bout à l'autre. « Yehkou fi hedh el-asr » (on raconte de nos jours) qu'un nouveau métier est en train de faire son petit chemin dans la vie publique, agent de maîtrise « taa tiyawet » (des tuyaux). Cet art du fin brossage et de la balance est reconnu à certains initiés dans la profession et ils sont connus familièrement sous les vulgaires sobriquets de «tiyawetes ou khitanes». Ces désignations synonymes de moqueries désignent des individus lèche-bottes, cafards, trop dociles, attachés à la servitude, la soumission et la délation gratuite. On les trouve généralement dans les milieux des entreprises et de l'administration. Cette espèce qui prospère dans ces lieux a un comportement méprisable et s'occupe généralement à faire de la dénonciation et rapporter tout événement curieux et qui leur semblent bizarre et douteux, à leurs chefs hiérarchiques avec un malin plaisir issu de la pure jalousie pour semer la zizanie au sein du groupe des travailleurs. Ces tuyaux lèche-bottes supportent toutes les injures et les brimades qui proviennent de l'entourage dans lequel ils prospèrent. Ils restent indifférents lorsqu'ils font le sujet de la plaisanterie risible du quotidien professionnel. Ces tire-au-flanc passent leurs journées ouvrables à flâner dans les couloirs et de bureau en bureau pendant les heures de travail sans but précis mais uniquement pour faire de l'écoute. Ces supers flatteurs résistent comme des serpillières usées à la risée. « Echita » (le coup de brosse) est une pratique issue de la méchanceté et de la fourberie qui sert à déclarer la soumission et à couvrir les tares. Telle l'ignorance, l'incompétence, le tire-au-flanc et la nullité. Ainsi, pour couvrir leurs arrières, ils sont toujours présents là où on ne les attend pas. Ils ont toujours quelque chose à se reprocher, ces moins que rien. Leur conscience n'est jamais tranquille. De toute façon, ils n'ont aucune conscience. Ils sont toujours présent là à midi, pour inviter les inspecteurs venus d'en haut, en mission à aller au restaurant à leurs frais, « zidou aliha », ils en rajoutent de leurs poches, sans oublier avant leur départ de bien leur remplir la malle du véhicule de service de toutes les victuailles pour leur retour. Ils sont très impressionnés par les cols blancs venus d'en haut et ils sont contents qu'ils prennent un café en leur compagnie et leur serrer la main au moment du départ. Généralement, ces «pousseurs» s'opposent à tous les projets constructifs établis par leurs collègues compétents du syndicat qui exercent pour le bien-être du collectif. Ils agissent sous l'influence et le couvert de leurs chefs directs pour saborder le bon fonctionnement de la cellule syndicale, par exemple, pour briser tout élan salvateur et écarter ainsi de la route à de braves travailleurs ou à leurs représentants qui ont du nif et du mérite et qui posent problème à la direction. Pour cela, chaque lieu administratif a son fil «khait», au pluriel «khitane». Ils sont facilement repérables parce qu'ils sont faux dans leur langage et dans leurs attitudes lorsqu'ils sont coincés entre la vérité et le mensonge et mis à l'index par les braves travailleurs. Ainsi, on raconte qu'il était une fois, une entreprise dénommée «Chariket ettiyaouet» (entreprise de tuyauterie) qui débordait de cette médiocrité et tellement que ça pullulait de «zeffafa» que les honnêtes travailleurs doutaient de leurs propres amis et même des murs de la «charika». Alors, pour joindre l'horreur à la plaisanterie, les braves travailleurs ont décidé d'organiser des jeux virtuels pour départager cette répugnance. Les tuyaux olympiques, des exercices sportifs à l'adresse de ces moins que rien. Sur l'art et la fourberie d'introduire l'aiguille fatale dans le dos des pauvres salariés innocents. Pour cela, il fut décidé à l'unanimité de désigner «Hamel -elakab- taa chita» le trophée du meilleur rapporteur chaque année. Et de clôturer l'exercice des « demara « par un jubilé d'adieu lorsque l'on réussit à se débarrasser de l'un de ces vauriens… 






19/09/2015
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