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Galou Laârabe.(Le Quotidien d'Oran du 06/11/2018)

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Galou Laârabe
 

par Hamid Dahmani

 

Les beaux jours du téléphone arabe, marque déposée de chez nous, ne sont plus qu'un vague souvenir de notre passé exubérant de la communication. «Allo», a eu le dessus sur «galou !» (Ils ont dits). Le téléphone sans fil populaire est classé, aujourd'hui, au patrimoine immatériel au musée de la rumeur chez les arabes. L'utilisation du téléphone arabe remonte à une époque très lointaine, une époque de notre histoire où les ragots, la rumeur et les commérages étaient diffusés et semés de bouche-à-oreille aux quatre vents du douar grâce à ce moyen de communication qui fonctionnait à cette époque sans fil et sans satellite. Admirez la prouesse ! La téléphonie mobile moderne d'aujourd'hui fait désormais partie des mœurs et de la tradition, elle a relégué au placard le téléphone arabe qui semble somnoler et ne plus communiquer selon les «on-dit». Le bouche-à oreille arabe est devenu un sous-traitant des nouveaux opérateurs. Les temps ne sont plus favorables à la tradition et l'utilisation du répertoire de notre terroir est reléguée au passé. De la puce à l'oreille, la rumeur court plus vite et sa vitesse a effacé un patrimoine gardé jalousement par les arabes qui ont découvert le téléphone avec la Wifi bien avant les occidentaux. Le téléphone arabe est une propriété inaliénable des sociétés «arabes», il est breveté S.G.D.G. (Sans garantie du gouvernement). Dans les temps présents, les nouvelles boutiques de téléphonie poussent comme des champignons et restent le penchant professionnel favori des jeunes qui aiment investir dans le métier très lucratif de la parlotte. Un travail qui semble être très bien maîtrisé et encadré ici, chez nous, et qui a beaucoup d'avenir dans le futur. Les gens aiment frimer en communiquant pour rien, juste pour se dire uniquement «allo» et «kirakoum». 

Cela fait plus d'un siècle que le téléphone «made in arabe» fonctionne sans batterie ni puce, il suffit tout simplement de colporter une nouvelle, bonne ou mauvaise, dans un souk ou un café et dire «galou k'dha wa k'dha» (on dit ceci et cela), pour la voir se propager partout sur le réseau national ou international avec gratuité d'appels, de nuit et de jour. Le téléphone arabe est une merveille et une trouvaille qui a révolutionné la communication et la publicité dans notre continent sous le slogan de «diaaya», la rumeur. Qu'en reste-t-il aujourd'hui dans un monde ou l'homme de quelque condition qu'il soit, est soumis à un véritable matraquage médiatique à travers les médias, anciens et nouveaux, dont le plus spectaculaire demeure sans doute le téléphone sans fil. Le seul inconvénient est que parler au téléphone coûte cher, alors que le téléphone arabe permet des palabres interminables et entièrement gratuites. N'a-t-on pas dit que les temps changent ? Assurément, du moment où, avec le progrès, la parlotte est devenue payante (el-hadra bedraham). Allo, yaw kirakoum ?... 


06/11/2018
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