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La prestance du lion.( Le Quotidien d'Oran du 23/07/2018)

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La prestance du lion
 

par Hamid Dahmani

 

On raconte qu'il était une fois le majestueux lion d'Afrique du Nord qui régnait librement dans la nature sauvage de ce grand territoire. Selon les témoignages tirés de cette histoire fabuleuse du pays, on sait que le Lion de l'Atlas a été traqué et exterminé par «l'homme civilisé» venu d'Europe au moment de la conquête du pays, à la suite de l'expédition armée engagée par l'empire français en 1830 contre cette contrée tant convoitée. 

Autrefois, le lion de l'Atlas vivait sur tous les espaces sauvages de l'Afrique du Nord, au milieu de nombreuses autres espèces animales sauvages également disparues à cause de la chasse aux trophées qui sévissait dans le bled. Aujourd'hui, heureusement, il n'y a plus de menace venant de la part du lion chez nous, et il n'y a plus de risques de se faire dévorer par ce carnivore féroce dans notre jungle urbaine. Dans le présent, le grand danger provient surtout de l'homme, qui a mangé du lion et qui a emprunté la peau de ce grand félin disparu, pour nous faire peur, et ensuite se tailler la part du lion. De nos jours quand on parle de quelqu'un de fort et puissant, on dit : «Deyer ke S'bâ» (tel un lion) parce qu'il incarne la vaillance et la prestance de ce grand félin décimé. Mais, il ne faut pas trop se fier à cette expression, qui n'est plus à la mode par les temps qui courent, parce que dans le moment présent «les véritables lions sont muselés ou mis en cage», et les lions d'autrefois ne sont plus les lions du présent. Dans le même répertoire, on peut citer aussi d'autres animaux qui vantent la majesté, l'élégance et la superbe dans ce classement, tels que certains rapaces (aigles, faucons, éperviers…). La gazelle «ghzel», un mammifère qui symbolise aussi la grâce, l'agilité et la rapidité, a sa place dans ce registre qui vante le raffinement et la finesse. C'est dans les habitudes de l'être humain de s'amuser à coller des sobriquets et à comparer ses semblables à des figurations animales pour les glorifier ou pour les dénigrer. Dans chaque milieu populaire, on trouve aussi des personnes mal aimées, qui ont une image animale dégradante aux yeux des gens qui les entourent et qui les connaissent bien, parce qu'ils ont des comportements indécents au sein de la population. Ces personnes honnies sont traitées de tous les noms d'oiseaux insultants, pour les dévaloriser. Par exemple, les poltrons sont désignés de poules mouillées «djadja», parce qu'ils se sauvent à la moindre alerte, et parce qu'ils ne sont pas très courageux pour affronter les situations périlleuses auxquelles ils sont confrontés. Il y a aussi ceux qui sont montrés du doigt comme étant des vautours parce que ce sont des charognards et qu'ils sont toujours derrière la convoitise du bien d'autrui. Y'en a même qui sont désignés de corbeaux «wedjeh gh'rab», parce qu'ils portent malheur et annoncent la misère. Tandis que d'autres sont assimilés à des loups «dhib», parce qu'ils sont dangereux et imprévisibles dans leurs actes. Il y a ceux qui sont qualifiés de baudet «h'mar» parce qu'ils sont bornés, têtus et pas très intelligent. 

D'autres types rejetés par leurs semblables sont comparés également à des chiens «kelb» à cause de leur humeur irrespectueuse et repoussante, et ce sont de vrais aboyeurs qui se comportent comme des toutous qui se roulent par terre pour gagner les faveurs de son maitre. Y'en a à qui l'on attribue le surnom de langue de vipère pour les ragots colportés et le sucre cassé sur le dos des absents du matin au soir, ou de «h'nech», parce qu'ils sont vicieux et malins comme des serpents. Y'en a aussi quelques uns qui portent le sobriquet de cochon «halouf», parce qu'ils n'ont aucun sentiment de dignité, ne lâchent rien, et qu'ils mangent à tous les râteliers pourris. Dans la rue, on désigne aussi les types très élancés avec le surnom risible de «berreredj» (cigogne). Le système politique actuel et les vieux dinosaures d'un autre temps qui ont résisté au temps et à la nature, n'échappent pas à ce «glossaire affectueux». C'est dans la rue et dans les cafés que la foule s'extériorise et s'en donne à cœur joie dans la parlotte rigolote. La place publique est devenue une vraie ménagerie, qui a son défouloir zoologique... 


23/07/2018
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