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La rue du martyr Abdelkader Mekkaoui-Le Chelif -110 du 13/01/2016

La rue du martyr Abdelkader Mekkaoui

 

Le 4 décembre 1957, à 3h 14 du matin, était guillotiné à la prison de Barberousse, à Alger, le chahid Mekkaoui Abdelkader, à l’âge de 27 ans. Un jour avant ce triste événement, c’était le chahid Sahli Maamar, 33 ans, qui le précéda à la guillotine, à 3h13 du matin. Un jour et une minute séparent les deux martyrs dans leur sup-plice. Les héros ne meurent jamais et l’esprit immortel de Mekkaoui et de ses braves compagnons d’armes, condamnés à mort et exécutés par les forces coloniales, planent sur la cité. Une rue porte aujourd’hui le nom de ce héros. Jadis en 1843, cette rue ou venelle s’appelait Saint Arnaud. Elle deviendra en 1882 rue Cavaignac, nom qu’elle portera jusqu’en 1962, année de l’indépendance où elle est baptisée du nom du martyr Mekkaoui Abdelkader.

C’est une petite rue commerciale du centre-ville qui se situe dans la direction Ouest-Est sur le plan de la ville. Elle démarre de la rue Ibn-Rochd et traverse la rue Si Mohamed (zanket zouaoua), la rue des Martyrs, la rue Adjudant Azzoune et la rue Emir Abdelkader pour fusionner et boucler la rue.

Ce chemin urbain est constitué de petits ma-gasins et de maisons tout le long de son par-cours. Autrefois, dans les années 1960 cette rue était l’adresse du grand magasin «Le bon marché» ainsi que d’autres petites enseignes qui pratiquaient de petits métiers et de l’artisanat.

On y trouvait les grossistes Arioui, Boukhelifa l’électricien, Kasmi le marchand de quincaille-rie, Aït Saada qui vendait les tissus et qui était couturier… c’était la rue privilégiée des petites affaires domestiques. Le repère le plus popu-laire de cette rue et sans conteste le cercle de l’ASO, le lieu de rendez-vous des supporters et des sportifs qui soutiennent le club phare de la région.

Tout d’abord, pour l’histoire, il faut savoir que le bâtiment qui abrite le cercle sportif était le domicile familial des «Paul Robert». L’his-toire du club ASO est palpitante ; ce club a

marqué la mémoire de plusieurs générations qui l’ont pour avoir représenté dignement la plaine du Cheliff durant les décennies écoulées.

C’est en 1947, sous la houlette d'une poi-gnée de braves gens de la ville, parmi eux Houari Belkacem, Benaourane, Slimani, Chaoui, que la naissance de l'équipe musul-mane dite «Association sportive orléans-villoise» (ASO par abréviation) est créée. Elle regroupe une majorité de joueurs  algériens na-tifs de la ville qui vont prendre en main les des-tinées de ce club prestigieux qui va rivaliser avec le grand club du GSO  qui figurait dans le championnat de division supérieure. (Le GSO jouait en division d'honneur alors que l’ASO évoluait en seconde division).

Cette dualité entre le club colonial du GSO et le club musulman de l'ASO se poursuivra dans la ville pendant toute la durée de l’occupation. L’équipe musulmane de l’ASO représentait les couleurs politiques de la population locale qui la soutenait beaucoup plus pour l’idéal de la résistance contre l’occupant que pour les simples confron-tations footballistiques avec des clubs sportifs. Des joueurs tels que Boumezrag et tous les au-tres joueurs et dirigeants étaient engagés en priorité en politique sous le couvert d’une as-sociation sportive.

La guerre de libération en 1954 va mettre un

terme à l'activité sportive du club de l'ASO, dont de nombreux joueurs et dirigeants vont être arrêtés et emprisonnés, d'autres passés par les armes pour atteinte à la sûreté de l'Etat fran-çais, parmi eux, Sahli Maamar, Ferdji, Bibi, etc. Sur ce même parcours, on se souvient du célèbre et antique hammam Ould Larbi, de la pompe à essence «Total» et d’Aami Hamou, le gérant, avec son éternelle cigarette roulée et collée sur la lèvre inférieure de la bouche et le pistolet distributeur d’essence à la main.

Il y a aussi la salle de cinéma Djamel où étaient projetés des films inoubliables comme «Mangala, fille des indes» et ses chansons en-voutantes… Il y avait Tokio, le coureur cycliste dehors qui rejouait en solo le film devant sa charrette à bras chargée de friandises à ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister à la première séance. Le café populaire du coin appartenant à Ameur était appelé «le café des cowboys» où les clients s’adonnaient au jeu de poker, de do-mino et de la «ronda» avec une ardoise sur la-quelle étaient notées les consommations que payaient ceux qui perdaient. Des repères et des témoignages qui allaient si bien avec le décor de la rue se sont effacés avec le temps pour laisser la place à une autre histoire… Quel dommage ! notre existence sur cette terre est tellement éphémère.

 

Hamid Dahmani

 



18/01/2016
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