LASNAMIA

Le cinoche est devenu moche. (Le Chelif du 20/4/2016)

La superbe salle de ciné «Le Dahra» qui a bercé par le passé les merveilleux moments de notre jeunesse a perdu ses fauteuils qui ont été déboulonnés du sol. Le grand écran et les vieux rideaux qui remontent à l’époque du «Splendid» ont été arrachés. Ils ont fait les frais de cette folie qui détruit les repères de la culture et des lieux spectacles. La grande salle de projection a été morcelée en petits lots pour en faire des carreaux commerciaux au cœur de ce vieux cinéma qui a fait le bonheur de plusieurs générations. Les responsables locaux sont les figurants passifs d’un navet qui se joue plein jour. La magnifique salle a changé de vocation et on improvise dans le décor. La splendeur s’est envolée et l’entrée est gratuite, sans ticket d’accès, dans ce qui fut l’antre du septième art d’autrefois.

Les portes sont grandes ouvertes mais il ni y a rien à voir pour se distraire. On a conçu de petits étals où on retrouve «kach (affaires) Bakhta» et «f’nadjil» (tasses de cafés) Meriem» qui ont remplacé les grandes œuvres cinématographiques.

Le cinéma fait sa mue. Il est redevenu muet. Et le burlesque est de retour dans la salle sombre qui s’est illuminée pour changer de couleur artistique. Le cinoche est devenu moche et les expressions du genre : «Tiens, que projette-t-on au cinéma ce soir?», «Et si on allait voir un film pour passer le temps?», ont disparu de notre langage. Aller au cinéma, c’était l’époque radieuse où il était agréable de prendre son ticket le soir au guichet pour se laisser glisser dans un fauteuil dans l’obscurité de la salle et goûter au plaisir de visionner un bon film.

La salle «Le Dahra» a été reconvertie en «cinémathèque» à la fin des années 1980 par la commune qui gérait le lieu. Aujourd’hui, la culture cinématographique a été abandonnée contre la volonté de ses adeptes. Et dire qu’il y a des gens qui n’aiment pas le cinéma de Mohamed Lakhdar Hamina, Amar Laaskri, Merzak Allouache, Hadj Abderrahmane ou Ahmed Rachedi… Le cinéma est mort et enterré et la salle de projection fait son deuil.

Les badauds ont remplacé les cinéphiles à l’intérieur de la salle. Il n’y a plus de grandes affiches de film pour annoncer la projection de la matinée ou de la soirée. Les temps ont changé et l’heure est à la vente d’articles de pacotille. Dans notre charmante ville, Les pizzerias ont remplacé les librairies, les cinémas ont été transformés en bazars et les centres commerciaux ont effacé les piscines. La culture et la distraction n’occupent pas l’esprit des élus et des responsables politiques. Le mépris pour l’art cinématographique a eu le dessus et les repères de la ville ont été bradés. En fin de compte et en réfléchissant bien, on se demande si l’auteur de ce désordre n’a pas eu raison d’agir ainsi ? Que faire en effet d’un cinéma poussiéreux, fermé depuis des lustres, qui ne servait à rien et qui se dégradait au fil du temps faute d’une exploitation intelligente ? Peut être que le glas a sonné pour les années bonheur en technicolor. Mais est-ce vraiment le temps de tirer le rideau sur le grand écran et quitter la salle sur une triste fin de film ?

 

Hamid Dahmani



25/04/2016
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