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L’économie de l’Algérie et les contrecoups sévères de la rente pétro-gazière ( Journal El-Watan du 14/5/2016- par Abaci M'hamed)

L’économie de l’Algérie et les contrecoups sévères de la rente pétro-gazière

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Il convient de rappeler tout d’abord qu’autrefois l’industrie algérienne, qui s’étend sur près de 70 zones industrielles à travers le pays, était considérée comme l’un des fleurons de l’industrie du monde arabe et d’Afrique.

Un acquis porteur de grandes perspectives socioéconomiques pour l’horizon 1980, pour passer de l’état de pays pétrolier à celui de pays industrialisé, où notre pays commençait à prendre place dans le concert des pays développés et s’imposer comme leader dans le tiers-monde.

Il semble aujourd’hui que nous subissons les contrecoups sévères de la rente pétro-gazière. En effet, l’Algérie reste à ce jour gouvernée à tous les niveaux par les hydrocarbures, avec notamment un pays mono-exportateur d’hydrocarbures à 98%, avec une croissance excessive de la consommation interne qui a presque triplé ces dernières années au détriment de l’acte de produire et de la construction d’une économie diversifiée.

Alors qu’on ne peut améliorer la qualité de la gouvernance du pays que par l’importance et le progrès des hommes qui viennent avant l’argent et la machine. Et par conséquent, tout développement d’un pays ne peut être que le fruit des bras et des cerveaux.


«Les Algériens et le prix du baril de pétrole»

Il ressort ainsi que notre pays est struc turellement importateur avec près de 75% de ses besoins, où pas moins de 30 000 importateurs activent aux dépens des règles du jeu de l’économie de marché, notamment sans l’obligation de budget devises de par leur statut import/export, et enfin l’inefficience du système fiscal et bancaire inadapté à l’économie de marché et une monnaie nationale qui reste dépendante à près de 90% de la rente.

En effet, l’Etat prélève chaque année près de 70% de sa fiscalité pétrolière afin de financer son budget général. Ce qui a d’ailleurs impliqué l’idée de «houkouma» (beylik) dans la société algérienne.

C’est dans ce contexte que l’Algérie est faiblement intégrée dans la division internationale du travail et notre économie exagérément centrée à près de 85% sur le commerce et les services. Près de 75% de la population vit de la rente et la fiscalité pétrolière continue à financer le budget de l’Etat pour près de 70%, alors que le taux d’intégration industriel ne dépasse pas 20%.

Cela nous renseigne d’abord que nous demeurons toujours dans une gestion économique provisoire et coûteuse à la charge du budget de l’Etat pour ne pas dire du contribuable ; en conséquence, on n’a pas pu accéder à la diversification de l’économie qui grève lourdement nos réserves de change provenant des hydrocarbures au moment où le pays fait face à la menace de la crise énergétique internationale avec pratiquement une baisse de 60% des recettes, soit un recul en prévision de clôture entre 33 et 35 milliards de dollars en 2015.Au moment où le pays aura besoin comme alternative de pas moins de 2 millions d’entreprises de taille PME/PMI, une croissance à deux chiffres, la création de pas moins de 600 000 emplois nouveaux par an pour maintenir le taux de chômage actuel estimé à 10%.

Comme nous le verrons dans les lignes qui suivent, le pays est aujourd’hui fragilisé financièrement et économiquement malgré les énormes plans de soutien à la relance économique mis en œuvre par l’Etat.

En effet, tout a commencé au milieu des années 1980 par l’introduction du fameux Programme anti-pénurie (PAP) pour concrétiser pleinement le slogan «Pour une vie meilleure». Ce qui exclut toute perspective de développement industriel et de l’économie des entreprises, et plus alarmant encore, la tendance des nouveaux dirigeants et cadres ne reposait pas sur l’échelle et la valeur des hommes et du mérite dont la majorité était dépourvue d’un réel palmarès intellectuel et professionnel, car promus sans compétences, et ce, quitte à compromettre un projet d’entreprise non achevé, un plan de redressement, etc. Ainsi, l’Algérie vient de perdre ses meilleurs cadres et artisans du développement national. Oui, en effet, mis à part les hydrocarbures, l’Algérie n’exporte presque rien. Alors que nous percevions de devenir un pays industrialisé dans l’histoire du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. Comme on le voit ici, la politique économique  de la rente a échoué vu le poids des hydrocarbures et l’informel qui représentent près de 85%.

Ce qui doit faire réfléchir sur cette politique de rente notamment en repensant sérieusement les réformes structurelles et la réorganisation de l’Etat pour améliorer la gouvernance économique. C’est ce nouveau contexte inquiétant et préoccupant à propos notamment de la contribution actuelle de nos entreprises qui est très faible en termes de production et de la productivité ; voir la productivité dans le secteur agricole est l’une des plus faibles au monde. Alors que l’Algérie dispose de 4 tracteurs pour un hectare, les pays voisins n’en disposent qu’en moyenne 1 à 2 par hectare avec des rendements deux à trois fois supérieurs.

Ce qui a fait peser sur les équilibres budgétaires qui demeurent sous la contrainte en liaison avec l’évolution du prix du baril de pétrole sur le marché international qui domine l’actualité politico-économique à travers tout le pays, notamment cette crise énergétique internationale en cours caractérisée par la chute brutale des prix du baril de pétrole appelée à s’accentuer dans les mois ou les années à venir, plutôt enfoncée avec le retour progressif de l’Iran, l’Irak et les Etats-Unis d’Amérique sur les marchés mondiaux, voire les pays occidentaux qui consomment aujourd’hui plus d’énergies renouvelables et moins d’hydrocarbures. Ceci appelle évidemment à un renouveau de la réflexion critique qui doit retenir l’attention du gouvernement à sortir du système de rente où notre pays doit absolument s’ouvrir aux grands investisseurs compte tenu de ses potentialités qui restent non rentabilisées dans l’état actuel pour projeter l’Algérie dans le monde économique moderne et résister à la crise énergétique internationale.

Cette situation aurait été évitée si l’on avait pensé à temps à l’économie algérienne ces dernières décennies, et aux conséquences en cas d’une crise énergétique sur l’économie nationale. En effet, tous les experts financiers et économistes ont mis le doigt sur tous les problèmes de l’économie algérienne et tablaient sur cette crise énergétique à travers des contributions, analyses et rencontres-débats. L’intérêt de l’opinion de nos élites était absent des préoccupations dans le souci de réaménager l’organisation économique de l’Etat pour évoluer vers les politiques publiques indispensables au bon fonctionnement de la démocratie économique comme un nouvel enjeu de la politique économique afin de sortir de l’impasse d’un système économique et budgétaire rentier.

Cela mérite qu’on jette un regard sur l’évaluation des programmes du développement national que notre pays se devait de mettre en place dès 1967, une politique économique qui répondrait aux impératifs majeurs de l’Algérie indépendante dans sept domaines fondamentaux : priorité à une industrialisation de transformation, indépendance économique, formation et emplois, valorisation des ressources, contribution au développement de l’agriculture, compétitivité internationale dans les technologies modernes, et enfin économie de devises en mettant en avant des programmes économiques et de construction afin de consolider l’indépendance politique en engageant des plans de développement : triennal 1967-1969, quadriennaux 1970-1973/1974-1977 et quinquennal 1980-1985 répondant aux différents impératifs industriels, sociaux, agraires, culturels, scientifiques, sportifs, santé, enseignement… et enfin la valorisation des hydrocarbures «le plan
Valhyd», pour développer une industrie pétrolière et gazière. La bataille du développement national est en marche à laquelle ont été associés les premiers cadres algériens dont la majorité est autodidacte, mais qui ont su concevoir et développer une expérience profitable et par laquelle ils ont été au-devant de la scène de l’Algérie future. En effet, ce qui est remarquable, les dirigeants politiques de l’époque accordant une grande attention aux cadres ou diffusant la thèse selon laquelle le développement du pays ce sont les cadres algériens. Ils étaient loin d’être de simples figurants dans la gestion et la décision.

Oui, en effet, cette thèse a permis rapidement à faire fonctionner les institutions, les sites pétroliers, gaziers, miniers, les sociétés nationales pour rétablir l’économie et enfin les terres agricoles récupérées et prises en charge par nos paysans pour les exploiter. L’université algérienne était classée parmi les plus performantes dans les pays du tiers-monde et assurait la formation de cadres de haut niveau, voire même des cadres de la nation des Etats d’Afrique, du Maghreb, du Monde arabe et de multiplier des effectifs dans toutes les spécialités pour notre développent national où nous avons aujourd’hui à travers le monde les meilleurs chercheurs, les meilleurs médecins, les meilleurs professeurs, les meilleurs économistes, les meilleurs journalistes, les meilleurs financiers, les meilleurs ingénieurs, les meilleurs romanciers
C’était la grande période de l’industrialisation du pays où les entreprises se créaient et grandissaient, la croissance augmentait, l’offre augmentait, des centres de formation, médico-sociaux, cantines se créaient au sein de chaque entreprise.
Un événement marquant et témoin de l’engagement d’une génération au service réellement de l’Algérie indépendante après le départ massif des cadres européens où notamment les premiers cadres algériens et intellectuels qui ont été d’un apport indéniable au développement national notamment, ont su changer la donne et s’imposer comme acteurs-clés dans le processus des nationalisations et de développement national pour avoir préservé et valorisé le patrimoine public.

Ils ont apporté la preuve de leurs sacrifices dans la douleur de leur jeunesse et en se passant d’une vie meilleure ailleurs (outre-mer) en travaillant sans répit et dans des conditions de travail des plus pénibles, une charge de travail insupportable par manque d’effectifs et de qualifications sans pour autant demander des avantages ou profiter de leurs postes. La norme de travail dépassait le plus souvent douze heures/jour avec des salaires mensuels dérisoires qui se situaient en moyenne entre 500 DA et 1500 da/mois. Il y avait même des travailleurs qui étaient payés en nature au moyen de bons de semoule, de sucre, de café, d’huile, etc. Plus important encore, des familles algériennes ont fait don de leurs bijoux, argent liquide… au profit du fonds national de solidarité (Sandouk Tadhamoun). Mais presque tous ont terminé leur carrière dans la totale déception lorsqu’on constate que nos gouvernants oublient vite les sacrifices des générations. «Une nation qui oublie, qui marginalise ou qui ne donne pas de l’importance aux valeurs humaines n’a sûrement pas d’avenir». Il est autant nécessaire de rappeler également l’émergence d’une classe moyenne dominante et productive, de laquelle notamment l’Algérie avait acquis une réelle expérience dans l’industrie, l’agriculture et le tourisme et s’est classée après l’Espagne et comme l’un des premiers pays industriels du continent africain, arrivant à produire presque la totalité de ses besoins et même à exporter l’excédent. On peut rappeler ici essentiellement la réalisation de grands ensembles industriels et technologiques dans toutes les branches d’activité : énergie et pétrochimie, sidérurgie, industrie agroalimentaire, tourisme et pêche, mines, hydraulique (dont les barrages de Benharoun-Abadla parmi les plus importants en Afrique).

En effet, un nombre impressionnant d’entreprises économiques, commerciales et bancaires locales et nationales, zones touristiques qui voient le jour et leur rôle s’agrandir jusqu’à les compter par milliers dont, entre autres, Sonatrach avec 120 000 travailleurs et son organisation qui couvrait toutes les activités de la pétrochimie, devenue un Etat dans l’Etat et bien d’autres entreprises géantes, à l’instar de Sonacome, SNS Sider, Sonelec, Sonelgaz, Sonatiba, DNC, SNLB, SN Metal, SNMC, SNIC, Sonic, Sonatram, Sonarem, Sonitex, Saidal-Enapharm, Enmtp, CNAN, Cirta fabrication tracteurs, moissonneuses-batteuses, BCL fabrication de pièces industrielles, Batimetal, SNTA, OFLA, Oncic, BNA, BEA, CPA, BDL, CNEP, BADR, BAD, etc.

La fiscalité ordinaire assurait les dépenses de fonctionnement de près de 65%, alors que la fiscalité pétrolière est consacrée seulement aux équipements dont la part consacrée à l’équipement industriel  était autour de 45% du Produit intérieur brut (PIB) et plus de 50% du total équipement au moment où le pétrole valait sur les marchés mondiaux moins de 8 dollars le baril, la part de la production industrielle annuelle était autour de 18 à 25% contre actuellement 5% du PIB, le tourisme qui rapportait environ 7% des revenus en devises, la part générée en croissance économique annuelle était de plus de 10% contre 3% actuellement, une agriculture rénovée où l’Algérie arriverait à produire la totalité de ses besoins en céréales, en légumes et fruits et même à exporter l’excédent, alors qu’aujourd’hui l’Algérie figure parmi les pays gros importateurs grâce aux devises fortes des hydrocarbures, l’épargne nationale était en moyenne de 40% du PIB, la stabilité du taux de change DA/dollar avec un cours de change fluctuant entre 3 DA et 5 DA pour 1 dollar. Ces performances étaient parmi des plus fortes dans le tiers-monde.

Par : M’hamed Abaci

Financier et auteur



14/05/2016
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