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Mange et tais-toi ! ( Le Quotidien d'Oran du 02/04/2015)

 
 
 
Mange et tais-toi !
 
 

par Hamid Dahmani

 

 

Comme à l'accoutumée, à chaque date-événement marquante de l'histoire, Algérie Poste émet un timbre de circonstance. 

Donc, durant le mois de mars deux timbres-poste sont venus enrichir l'album philatélique sur un sujet très pertinent « les droits du consommateur ». Un thème d'actualité sur les droits du consommateur bafoués et sur la dangerosité des produits alimentaires que nous ingurgitons au jour le jour. Une émission postale qui servira l'affranchissement de notre courrier avec ces deux timbre-poste représentant chacun un couffin protégé par un parapluie et un caddy avec une étiquette code-barres pour sensibiliser la société civile sur les dégâts de la mauvaise alimentation. 

La sonnette d'alarme est tirée par l'association de protection des droits du consommateur contre les risques de la malnutrition responsable de toutes ces maladies meurtrières du siècle (obésité, diabète, tension artérielle, cancers…). La santé du consommateur va très mal et les responsables ne font pas de différence entre la nourriture saine et la pourriture dégoûtante qui nous inonde. 

Aussi, pour le besoin pressant de l'heure, notre ambassadeur postal a-t-il été chargé de la mission de la sensibilisation du consommateur qui n'est pas très regardant sur la qualité de ces produits alimentaires. 

L'importation, les cultures intensives, l'élevage industriel, les produits manufacturés, la restauration rapide, sont le vivier de la mal-bouffe. C'est le fait accompli, et le bio ne fait plus le poids écologique. Il y a un manque de considération pour les consommateurs malchanceux que nous sommes. 

La Journée mondiale est célébrée dans les pays fragiles avec des discours sans espoirs et des promesses sans aucune volonté d'atténuer l'augmentation des risques des maladies liées à la mauvaise alimentation. Les droits fondamentaux de la population en matière de consommation sont en périls. 

Il faut protéger le consommateur des préjudices commerciaux et des aléas du temps. La vie du consommateur inquiète et ne tient plus à aucun fil salvateur. Il ne mange pas bien et il ne se soigne pas bien. Le consommateur est devenu une proie facile et la première victime de l'arnaque commerciale. Les acheteurs hasardeux se multiplient au fil du temps et ne vérifient pas ce qu'ils achètent et ne réalisent pas que le danger est imminent et qu'il menace sérieusement leurs existences. 

La santé se détériore rapidement grâce à l'anarchie de la transaction de ched-med et du marché périlleux de l'import sans mesure. Business oblige, les commerciaux véreux sont tentés par le marché de la consommation d'importation et n'hésitent pas à mettre sur les étals des produits alimentaires sans traçabilité, périmés et nocifs pour notre organisme. 

Les senteurs, les saveurs et le bonheur de se nourrir avec des aliments naturels c'était hier. Aujourd'hui, le plaisir n'est plus culinaire et la bouffe est un besoin de survie machinal sans délice. 

Le bien-être est lié à l'alimentation saine. Sans règle préventive et une assurance contre l'opacité des produits et de leurs origines. Acheter et vendre normalement est une transaction transparente qui repose sur des droits et des devoirs entre deux parties. L'arsenal juridique chez nous n'est que de la poudre aux yeux. On fait ce qu'on veut dans son épicerie et on écoule de la marchandise suspecte et prohibée aux risques de l'irréparable. 

Mange et tais-toi ! 

Le pain est vendu en dehors du circuit réglementaire de prévention au vu et au su des organismes chargés du contrôle et de la qualité. 

Les sachets de lait sont présentés dans des caisses en plein soleil devant les portes des épiceries. 

Des boîtes de fromage incognito plein de soupçons sont vendues dans des emballages sans aucune information sur leur provenance dans des supérettes. Pour les viandes rouges et blanches ce n'est pas le parfait mais tout baigne dans l'anarchie, la tolérance et l'indulgence affichée par les pouvoirs publics. 

Les débits de boissons ou café sont dans un état d'insalubrité reprochable et l'hygiène des lieux n'est pas le premier souci des tenanciers. C'est la liberté des prix et la liberté de vendre ce que je veux dans ma boutique. 

La spéculation fait la prospérité des affameurs qui tirent profit de l'absence et du laxisme des autorités pour saigner notre économie et traficoter librement sur le dos du malheureux consommateur. Ils sont vraiment timbrés ces commerciaux qui ne se soucient guère des actes de tricherie répréhensibles qu'ils commettent gratuitement et en toute connaissance de cause en remplissant leurs hanout de denrées alimentaires avec des appellations bidon jugées néfastes pour la santé. La conscience professionnelle fait le grand défaut chez les mabouls. 

Les graisses, les sucres, les colorants, les stabilisants, les arômes font des ravages dans les composants alimentaires sans valeur nutritive pour le corps humain. Le bonheur n'est plus dans l'assiette. Notre assiette est empoisonnée par les composants chimiques et les pesticides et les timbres-poste sont appelés à la rescousse pour nous affranchir de la médiocrité et suppléer les instances et les assistés dans la promotion d'une alimentation saine de la population. 

Le libéralisme, l'informel et la politique dévastatrice du protectionnisme archaïque sont les premières causes de la déroute de l'économie et du commerce formel. Le consommateur algérien n'est pas à l'abri des conséquences qui peuvent être dramatiques pour sa santé à partir des produits dont la provenance et la qualité alimentaire sont plus que douteuses. Le parapluie du bien-être n'est pas ouvert sur la tête du consommateur. La journée du 15 mars n'est qu'un slogan sur banderole « fi bled miki ». Et l'autosuffisance alimentaire ce n'est pas pour demain. L'embellie agricole productive est ailleurs, sur d'autres terres plus laborieuses et plus intègres. 

Le contrôle dans le bled c'est pareil à la météo, il y a des moments d'averses et des moments d'ensoleillement pour appliquer les lois de la République. Les services de surveillance oublient vite que le contrôle doit être régulier et inopiné chez les commerces qui sont souvent en infraction avec le code du commerce. 

L'étiquetage, le code-barres, les factures, c'est du bidon si en face de cette grande mêlée il n'y a pas la rigueur dans toute sa rigidité contre les contrevenants. 

Il n'y a qu'une seule alternative pour sortir de ce marasme de la mondialisation et de globalisation qui oblige le gouvernement à revoir sa copie d'adhésion pour équilibrer et mettre des bases solides de fonctionnements sûres pour la stabilité et l'équilibre du commerce. Au point où on en est, on ne voit pas ce qui retient le gouvernement de prendre le taureau par les cornes et parapher les engagements d'accession avec l'OMC au lieu de traîner avec la politique du protectionnisme stérile de nos capacités de production dérisoires.
 
 
http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5211771
 


02/04/2015
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