LASNAMIA

Marcher la tete en bas (Le Chelif du 11/03/20)

 

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Le Chelif du 11/03/20

 

Marcher la tête en bas

 

Le juge à un détenu du hirak : «Pourquoi marches-tu le vendredi avec les manifestants ?». Le détenu : «Je marche, parce que je suis malade, je n’ai pas le cœur solide, c’est pour cette raison que mon médecin m’a conseillé de marcher tous les jours, pour ne pas crever à la fleur de l’âge». «Ah, bon !». Et de quoi souffre-tu, jeune homme ?» «Le cœur, votre honneur, le cœur ! D’après mon médecin, il m’a fait comprendre que mon cœur va bientôt lâcher, et d’après le diagnostic médical, «galbi, rah gaa m’doued» (mon cœur est tout pourri). Marcher est une façon pour moi de me défouler quand on est irrité par la mal-vie. Monsieur le juge, si je ne marche pas, le mal va s’emparer de tout mon corps, et ce sera fini pour moi et pour ma famille qui ne pourra pas survivre sans moi. Ce n’est qu’une marche sportive pour donner du tonus à la santé. Depuis quelques temps, je fais beaucoup de cauchemars et je vois de sinistres visages qui viennent me dépouiller de mes biens la nuit quand je dors. Ces individus mal intentionnés et méchants me font peur et me menacent même dans mes rêves. Ils sont puissants et me narguent même dans mes rêves chaque nuit qui passe. Quand je marche avec mes amis au milieu du boulevard, je reprends confiance en moi et je me dis dans ma tête : il faut que je lutte par la marche, pour rester en vie et pour éliminer tous les microbes qui ont pris possession de mon corps. Parmi les marcheurs qui m’accompagnent, j’en connais beaucoup qui ont subi l’injustice et tandis que d’autres ont le moral au plus bas ou ont piqué une dépression à cause de la mal-vie qui sévit». «Monsieur le juge, je suis un honnête homme et j’ai toujours fais ma petite promenade avec sagesse, sans porter atteinte aux biens publics et privés de la société. Je suis un citoyen très respectueux de mon pays, monsieur le juge, et je ferai n’importe quoi pour défendre son intégrité. Je ne suis pas un danger pour mon pays parce que je suis obligé de marcher pour préserver ma santé. Vous savez, je ne suis qu’un pauvre marcheur à la recherche du bien-être et juste pour me refaire une meilleur santé. Vous savez, mon médecin m’a toujours conseillé et dit, « kh’rodj bech yedhorbek leh’wa !» (Sort pour prendre de l’air). Et les sages ont toujours dits, «qui marche lentement, va sûrement». Monsieur le juge, si je reste cloitré entre les quatre murs de ma maison «netart g » (j’explose) de colère ou de tristesse. La vie est devenue très mélancolique et quand je suis tout seul, il n y a rien qui puisse me distraire chez moi, même la télévision me rend fou et je deviens très malade dans ces moments lourds à force de voir défiler toute la journée les mêmes publicités sur le café, les mêmes têtes avec les mêmes mensonges débités par les chaines débiles. «Wallah !» que je suis très malade, monsieur le juge. Si je ne marche pas dans la rue, c’en est fini pour moi. Quand je marche dans la rue, je reprends confiance et mon esprit est apaisé et mon cœur recommence à battre normalement comme avant. Même les autres marcheurs, qui eux aussi sont probablement aussi malades que moi, retrouvent le plaisir et la joie de marcher ensemble pour retrouver de la plénitude et de l’énergie pour entonner des cris et des slogans pour chasser les mauvais esprits. Le temps présent est pollué par la main de l’homme, monsieur le juge. Le temps est devenu malsain, et les virus sont parmi nous. Nous sommes contaminés et cela va nous mener tout droit au cimetière. Il y a un proverbe qui dit : «Marche d’un pas ferme dans l’adversité, et le front levé». Le juge : «Tu sais bien que les attroupements et les marches sont interdits par la loi». «Non, votre honneur, je ne savais pas que les marches étaient interdites dans le pays. Et qu’es-ce-que je vais devenir alors, si je ne peux même pas marcher dans la rue ? Et comment faire pour entretenir mon cœur ? Wallah que je ne sais sur quel pied danser. D’un côté, le toubib me dit qu’il faut marcher, et de l’autre côté le tribunal m’interdit de marcher». Le juge : «Moi aussi je vais te citer une expression populaire qui dit : «Si, dans un village, tu trouves les gens marchant la tête en bas, alors, marche la tête en bas».

 

Hamid Dahmani

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


12/03/2020
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