LASNAMIA

Vision délirante. Le Quotidien d'Oran du 03/04/2018.

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Vision délirante
 

par Hamid Dahmani

 

La vie dans le bled n'est pas très colorée ni dorée dans son quotidien plein d'amertume. Le temps s'est arrêté et il a une couleur mélancolique de journées endeuillées. Cela fait plus de deux décennies que la platitude habite ce beau pays qui a perdu la tête. La monotonie a jeté son dévolu et s'est emparée du triste sort du pays. Les murs de la ville sont noirs et crasseux et n'ont pas été ravalés depuis le temps et les belles couleurs vivantes et attirantes des murs de jadis ne sont qu'un lointain souvenir perdu dans le passé heureux. Les arbres verts qui ombrageaient nos rues sont devenus des troncs morts et demeurent toujours figés comme des sentinelles à la même place. Les grands espaces verts se sont rétrécis pour devenir des placettes sans charme et sans âme. Le chant des moineaux et des chardonnerets nous manque dans ces moments tristes et troublants qui reviennent chaque saison. Les oiseaux ne survolent plus nos quartiers comme avant et les gracieuses hirondelles ne nichent plus sous les balcons comme avant. Même les oiseaux sont privés de leur liberté et ils ont été enfermés dans les cages pour faire le décor des demeures. Le pays est fermé à la plénitude. L'espoir s'est envolé et toutes les issues de sorties de crise sont figées à cause de l'immobilisme. « Bledna khir me la Suède wel marikane », est une vision délirante du système politique qui prétend, à travers des monstruosités, que nous sommes mieux que les Etats-Unis et la Suède. C'est une aberration et les auteurs devraient normalement être mis en examen… médical pour une telle déclaration délirante. Wallah que c'est ridicule pour un système qui a prêché depuis toujours une politique de servilité en utilisant la langue de bois et en encourageant le coup de brosse comme instrument de travail. C'est une honte pour le pays et ses citoyens qui ne savent rien faire de leurs dix doigts. L'Algérie dispose d'infrastructures importantes sur tout le territoire, comme des universités, des lycées, des centres d'apprentissage, des instituts de recherche, des laboratoires, mais hélas, ce sont des contenants vides sans contenus et sans élites réelles puisqu'elles ne sont même pas capables de produire du simple arome pour faire du gazouze pour le peuple. « El mendba k'bira, wel meyete far ». (Les lamentations sont grandes et la perte n'est qu'une souris), cette citation proverbiale résume bien l'échec de ce système. Le pays reste insoucieux face à la crise et vague selon le marché de l'import-import. Rien ne va plus et tout marche de travers avec les vieux grincheux qui n'aiment pas la créativité culturelle et qui n'ont rien retenu de la leçon de démocratie et d'alternance politique depuis le temps. C'est la fin des haricots, les voyants sont au rouge et la sonnette d'alarme est tirée, mais qui de droit ne bouge pas le petit doigt. Le vrai bonheur n'est pas pour demain, et le bonheur tout court ne se trouve pas seulement dans la distribution des logements sociaux, ou de la prise en charge des soins à l'aide d'une carte Chifa restreinte à certains produits pharmaceutiques seulement ou dans la subvention des produits de première nécessité qui profitent surtout à une classe particulière. 

Enfin, le pays a la bougeotte et il crie déjà sa faim. Les plus pessimistes prédisent que la misère se rapproche des foyers les plus fragiles. Les cancans vont bon train, et c'est une récitation alarmante sans fin. On dit que la fin justifie les moyens, alors, haro sur les biens mal acquis puisque c'est l'époque bénie du ni vu ni connu. Les gens misérables que la faim de l'esprit tiraille ont besoin de nourriture pour apaiser leur faim… de culture, de justice et de dignité. C'est aussi la faim des minables qui, eux, aussi, ont un besoin inassouvi d'enrichissement sans fin. La fin des haricots est proche, parole du cuistot des pauvres bourriquots. La faim a fait sortir le loup du bois, dit l'expression. Alors, « marhba be » les grèves pour réclamer du pain et de la dignité. Finalement, comme on dit, toute chose a une fin dans ce pays injuste. Ceux qui jouent aux plus fins vont être déçus à la fin. La production nationale du film dramatique et burlesque tire à sa fin et nous laisse sur notre faim... 


03/04/2018
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